Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies

Au fond, nous ne cherchons pas seulement à vivre, à travailler, à être entourés ou à assurer notre sécurité matérielle. Nous cherchons aussi, parfois sans même nous en rendre compte, à sentir que notre existence a une direction, une cohérence et une certaine valeur à nos propres yeux.

Ces questions peuvent rester très discrètes pendant des années. Elles apparaissent davantage lors de certaines périodes de transition : une séparation, un deuil, l’arrivée d’un enfant, un changement professionnel, le départ des enfants, le vieillissement, une maladie, ou simplement ce moment étrange où nous regardons une vie qui, extérieurement, semble plutôt bien fonctionner et où nous nous demandons malgré tout : est-ce vraiment la vie que je voulais vivre ?

C’est là que les besoins existentiels se manifestent. Non pas comme une liste figée ou une nouvelle série de cases qu’il faudrait absolument cocher, mais comme de grandes questions humaines autour du sens, du lien, du choix, de la liberté, de la transmission et de notre rapport au temps.

La psychologie existentielle s’intéresse précisément à ces dimensions : le sens que nous donnons à notre expérience, les choix que nous faisons, notre responsabilité face à notre propre vie et la manière dont nous nous confrontons aux limites de l’existence.

Le besoin de sens : avoir une raison d’avancer

Chercher du sens ne signifie pas nécessairement découvrir une grande mission ou une vocation spectaculaire. Pour beaucoup de personnes, le sens se construit de manière beaucoup plus ordinaire, dans les liens que l’on entretient, le travail que l’on accomplit, une création, une transmission, un engagement, une relation avec la nature ou simplement la sensation de vivre en accord avec ce qui compte réellement pour soi.

Viktor Frankl a placé cette recherche au cœur de la logothérapie. Il considérait notamment que le sens pouvait se trouver dans ce que nous créons, dans ce que nous expérimentons et aimons, mais également dans la manière dont nous faisons face à certaines épreuves que nous ne pouvons pas changer.

Le sentiment de vide apparaît parfois lorsque nous avons longtemps avancé en répondant surtout à ce qui était attendu : réussir, travailler, être disponible, construire une famille, tenir nos responsabilités. Tout cela peut avoir du sens, évidemment. Mais un jour peut surgir une question moins confortable : qu’est-ce que je choisis réellement, moi, dans tout cela ?

Cette interrogation n’est pas forcément le signe que quelque chose va mal. Elle peut au contraire marquer un moment où l’existence demande à être réinterrogée.

Être relié aux autres sans disparaître dans le lien

Nous avons également besoin de liens dans lesquels nous pouvons nous sentir reconnus, entendus et suffisamment libres d’être nous-mêmes.

La connexion humaine ne se résume pas au nombre de personnes qui nous entourent. Il est parfaitement possible d’avoir une famille, des collègues, des amis et pourtant de ressentir une profonde solitude. Ce qui nourrit réellement le sentiment d’appartenance, c’est souvent la possibilité d’exister dans une relation sans devoir jouer constamment un rôle.

Être aimé, mais aussi pouvoir être vu. Pouvoir montrer ce qui nous enthousiasme autant que ce qui nous fragilise. Se sentir suffisamment en sécurité pour ne pas devoir être toujours fort, disponible, drôle, compétent ou rassurant.

Ce besoin de relation possède cependant son envers, à savoir notre capacité à rester nous-mêmes dans le lien. Une existence entièrement construite autour des attentes des autres peut finir par donner une étrange impression d’absence à soi.

Choisir sa vie : autonomie, liberté et responsabilité

Nous ne contrôlons évidemment pas tout ce qui nous arrive. Notre histoire, notre milieu, notre corps, certaines rencontres ou certains événements nous imposent des réalités que nous n’avons pas choisies.

Mais à l’intérieur de ces contraintes demeure généralement une marge de mouvement : nos décisions, nos engagements, ce que nous acceptons ou refusons, les orientations que nous prenons.

Cette liberté peut être profondément enthousiasmante, mais elle peut aussi être inconfortable. Choisir implique nécessairement de renoncer à d’autres possibilités et d’accepter que personne ne puisse nous garantir que nous avons pris la bonne décision.

C’est pourquoi certaines périodes de vie provoquent autant d’angoisse, car derrière une question professionnelle ou amoureuse se cache parfois une interrogation plus vaste. Si je peux choisir, qu’est-ce que je veux vraiment ? Et suis-je prêt à assumer ce choix ?

Les approches existentielles donnent justement une place importante à cette articulation entre liberté, choix et responsabilité.

La beauté, l’émerveillement et ce qui nous dépasse

Il existe aussi des expériences qui ne servent apparemment à rien, et qui sont pourtant essentielles.

Regarder un paysage, écouter une musique qui nous bouleverse, être saisi par une œuvre, marcher dans une forêt, contempler un ciel nocturne, vivre un moment de silence ou éprouver une sensation de communion avec quelque chose qui nous dépasse.

Ces expériences peuvent être spirituelles, mais elles ne sont pas nécessairement religieuses. Elles nous sortent momentanément de nos préoccupations immédiates et nous replacent dans quelque chose de plus vaste.

La beauté ne résout pas les problèmes de l’existence. Elle peut cependant nous rappeler qu’une vie ne se réduit pas à ce qui est utile, rentable ou productif.

Et peut-être avons-nous parfois besoin précisément de nous souvenir que nous sommes aussi capables d’être émerveillés.

 

Contribuer, transmettre, laisser quelque chose derrière soi

Avec le temps apparaît souvent une autre question : qu’est-ce que j’apporte ?

Elle peut s’exprimer à travers la parentalité, un métier, la création, l’enseignement, un engagement associatif, le soin donné aux autres ou des gestes beaucoup plus modestes dont nous ne mesurerons peut-être jamais véritablement l’impact.

Contribuer ne signifie pas nécessairement changer le monde. Cette injonction pourrait d’ailleurs devenir une pression existentielle assez efficace.

Il s’agit plutôt de sentir que notre présence a une forme de continuité au-delà de nous-mêmes; avoir transmis quelque chose, participé, accompagné, créé ou simplement compté dans l’existence de quelqu’un.

Cette dimension devient souvent plus présente à mesure que nous prenons conscience du temps qui passe.

La finitude : parce que notre temps n’est pas infini

Nous savons que notre temps est limité. Nous n’y pensons évidemment pas chaque matin en prenant notre café … heureusement, mais cette connaissance accompagne silencieusement notre existence.

Les changements d’âge, les deuils, la maladie ou certaines étapes symboliques peuvent rendre cette réalité beaucoup plus présente. Et avec elle arrive parfois une interrogation brutale : qu’est-ce que je fais du temps qui m’est donné ?

La conscience de la finitude peut provoquer de l’angoisse, mais elle contribue aussi à donner de la valeur aux choix. Si toutes les possibilités étaient éternellement disponibles, rien ne nous obligerait jamais véritablement à choisir.

Les préoccupations liées à la mortalité, au choix, à l’autonomie, à la connexion et au sens constituent d’ailleurs des thèmes centraux des travaux contemporains sur les questions existentielles.

Lorsque la vie fonctionne… mais ne nous ressemble plus

Certaines crises existentielles apparaissent sans catastrophe particulière.

Il n’y a parfois ni rupture, ni échec, ni événement spectaculaire. Simplement une impression diffuse que la vie s’est progressivement éloignée de soi.

On continue à faire ce qu’il faut faire. On travaille, on organise, on répond, on assume. Mais quelque chose devient plus mécanique. Les journées se succèdent et l’on finit par se demander comment on est arrivé là.

Cette sensation mérite d’être écoutée plutôt que rapidement recouverte par une nouvelle activité ou un nouvel objectif. Elle ne signifie pas nécessairement qu’il faut tout quitter et partir élever des chèvres quelque part. Elle peut simplement inviter à regarder ce qui, dans notre existence actuelle, est encore profondément vivant et ce qui ne l’est plus.

C’est souvent à cet endroit que commence l’exploration intérieure, non pour trouver une réponse définitive à la question du sens de la vie, mais pour identifier ce qui, aujourd’hui, donne du sens à la sienne.

Crise existentielle ou souffrance psychologique ?

Se questionner sur sa vie, ressentir un moment de vide ou traverser une période de remise en question ne signifie pas nécessairement être dépressif.

Certaines crises existentielles accompagnent naturellement les transitions de vie et peuvent même conduire à des réaménagements très féconds.

En revanche, lorsque la perte de sens s’accompagne durablement d’une perte d’intérêt ou de plaisir, d’un épuisement important, d’un repli, d’une dévalorisation ou d’une humeur très sombre, il peut être utile de regarder plus largement ce qui se passe.

Si vous vous demandez si vos difficultés dépassent une période de questionnement, vous pouvez réaliser gratuitement le test Ai-je besoin d’une thérapie ?

Et si vous observez surtout une perte persistante d’élan et de plaisir accompagnée d’autres signes dépressifs, vous pouvez également faire le test Suis-je à risque de dépression ?

Ces tests ne constituent évidemment pas un diagnostic, mais peuvent fournir un premier point de repère.                                                  

La psychothérapie comme espace d’exploration existentielle

Consulter ne consiste pas toujours à venir traîter un symptôme précis.

Certaines personnes entreprennent un travail thérapeutique parce qu’elles ont besoin de comprendre pourquoi les choix qu’elles font ne leur ressemblent plus, pourquoi elles répètent certaines manières de vivre ou ce qu’elles souhaitent réellement pour la suite.

La psychothérapie peut alors devenir un espace où l’on ralentit suffisamment pour entendre certaines questions que le quotidien recouvre facilement : qu’est-ce qui compte pour moi ? Quels liens ai-je envie de nourrir ? À quoi est-ce que je consacre mon temps ? Qu’est-ce que je continue à faire par peur, habitude ou loyauté ? Qu’est-ce que j’aimerais encore vivre ?

Il n’appartient évidemment pas au thérapeute d’apporter une réponse toute faite à ces questions. La thérapie existentielle elle-même met l’accent sur le développement du sens personnel, le choix et la responsabilité plutôt que sur la prescription d’un sens extérieur.

Si vous souhaitez être accompagné(e) dans cette exploration, je propose des séances de psychothérapie en visio ou au cabinet de Giat.

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Habiter sa vie plutôt que simplement la remplir

Répondre à nos besoins existentiels ne signifie probablement pas atteindre un état définitif d’épanouissement dans lequel chaque journée serait parfaitement alignée, signifiante et lumineuse.

Une vie comporte aussi des périodes d’attente, de doute, d’ennui, de perte et de contradiction.

La question est peut-être moins de réussir sa vie que de parvenir, autant que possible, à l’habiter, à sentir que nos choix nous appartiennent suffisamment, que certains liens nous nourrissent, que quelque chose nous émerveille encore, que nous pouvons contribuer à ce qui compte pour nous et que le temps que nous traversons n’est pas seulement rempli, mais vécu.

Le sens n’est alors pas nécessairement quelque chose que l’on découvre une fois pour toutes. Il se construit, se perd parfois, puis se réinvente au gré des différentes saisons de notre existence.

Pour poursuivre cette réflexion, vous pouvez également découvrir mes articles consacrés aux saisons symboliques, dans lesquels j’explore les correspondances entre les cycles du vivant et nos propres mouvements intérieurs.

Vous pouvez également retrouver mes articles et ressources, ou réaliser gratuitement mes tests disponibles sur le site.

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