Les émotions font partie de notre quotidien, mais nous ne sommes pas tous aussi à l’aise pour les reconnaître, les comprendre ou simplement les laisser exister. Certaines personnes savent assez facilement dire qu’elles sont tristes, déçues, inquiètes ou en colère. D’autres sentent surtout une tension, une irritation, une fatigue, une boule dans la gorge ou cette impression assez vague que quelque chose ne va pas, sans parvenir immédiatement à mettre un mot dessus.
Notre rapport aux émotions se construit très tôt. Dans certaines familles, elles sont nommées, entendues, parfois discutées. Dans d’autres, on apprend plutôt à ne pas trop montrer sa tristesse, à calmer rapidement sa colère, à ne pas inquiéter les autres ou à continuer malgré ce que l’on ressent. Il n’est donc pas étonnant qu’à l’âge adulte certains mouvements émotionnels nous soient familiers tandis que d’autres restent beaucoup plus difficiles à identifier ou à supporter.
Comprendre ses émotions ne consiste pas à devenir capable de tout analyser, ni à chercher à être constamment calme. Il s’agit plutôt d’apprendre à mieux repérer ce qui se passe en soi, ce qui a déclenché une réaction et la manière dont cette émotion influence ensuite nos pensées, nos relations et nos comportements.
Une émotion nous renseigne, mais elle n’a pas toujours raison
On entend souvent que les émotions seraient des messages qu’il suffirait d’écouter. C’est vrai en partie, mais cela mérite d’être nuancé.
Une colère peut apparaître parce qu’une limite importante a réellement été franchie. Elle peut aussi surgir parce qu’une remarque a réveillé une vieille sensibilité au rejet ou à l’injustice. Une peur peut nous protéger d’un danger réel, mais elle peut également apparaître devant une situation relativement ordinaire parce que notre système d’alarme l’interprète comme menaçante.
Autrement dit, ce que nous ressentons est réel, mais l’interprétation que nous faisons de la situation n’est pas nécessairement exacte.
Cette distinction est particulièrement importante dans les relations. Un silence peut produire une inquiétude très forte chez quelqu’un qui redoute l’abandon. L’émotion existe réellement. Mais entre « j’ai peur qu’il s’éloigne » et « il est en train de m’abandonner », quelque chose s’est déjà ajouté : une interprétation.
Apprendre à reconnaître ce passage permet souvent de retrouver un peu de recul sans pour autant nier ce que l’on ressent.
Lorsque cette anticipation inquiète devient très présente, avec des ruminations, une difficulté à tolérer l’incertitude ou un besoin fréquent d’être rassuré, la question rejoint parfois celle de l’anxiété.
Vous pouvez faire gratuitement le test : Suis-je sujet à l’anxiété ?
Et, si vous souhaitez approfondir ce mécanisme : Anxiété : comprendre ses mécanismes et retrouver de l’apaisement.
Ce que nous ressentons, ce que nous pensons et ce que nous faisons
Ces trois dimensions se mélangent très facilement.
Imaginons qu’une personne importante ne réponde pas à un message. Une inquiétude apparaît. Très rapidement peuvent venir les pensées : « J’ai dû faire quelque chose », « il m’en veut », « il s’éloigne ». Puis les comportements suivent : renvoyer un message, vérifier si l’autre est connecté, se montrer plus froid à son tour ou passer une heure à repenser à la conversation précédente.
Lorsque tout cela s’enchaîne très vite, nous avons l’impression que l’émotion nous a directement fait agir. Pourtant, il existe plusieurs étapes entre ce que nous ressentons et ce que nous faisons.
C’est notamment là que se développe la régulation émotionnelle. Non pas dans la capacité à empêcher la peur, la colère ou la tristesse d’apparaître, mais dans celle de retrouver suffisamment d’espace pour ne pas être obligé de répondre immédiatement à l’impulsion produite par l’émotion.
On peut être très en colère et choisir d’attendre avant d’envoyer un message. Être jaloux sans fouiller le téléphone de son partenaire. Avoir peur sans renoncer systématiquement à la situation qui nous effraie.
Cette distinction entre émotion et comportement est importante parce qu’elle permet aussi d’arrêter de culpabiliser pour ce que l’on ressent tout en restant responsable de ce que l’on en fait.
Pourquoi certaines émotions sont-elles plus difficiles que d’autres ?
Nous avons souvent une sorte de répertoire émotionnel personnel.
Dans certaines familles, la tristesse est relativement bien acceptée mais la colère beaucoup moins. Dans d’autres, il faut être fort, ne pas se plaindre et surtout ne pas montrer que l’on a peur. Certains enfants deviennent très tôt attentifs aux émotions des autres et apprennent davantage à repérer ce que ressent leur entourage qu’à identifier ce qui se passe en eux.
On peut alors retrouver, adulte, des personnes très capables de comprendre les besoins de tout le monde autour d’elles mais assez démunies lorsqu’on leur demande simplement : « Et vous, de quoi avez-vous besoin là ? »
D’autres ont appris à intellectualiser. Elles expliquent parfaitement ce qu’elles vivent, comprennent les mécanismes, analysent les comportements… mais restent relativement loin de ce qu’elles ressentent.
Il n’y a rien d’anormal là-dedans. Ce sont souvent des manières de s’adapter qui ont eu une fonction à un moment donné. Le travail consiste ensuite à élargir progressivement ce répertoire pour pouvoir reconnaître aussi les émotions que l’on a moins appris à écouter.
Cette question rejoint parfois directement celle des liens d’attachement, notamment lorsque certaines émotions deviennent particulièrement intenses dès que la relation semble menacée.
À lire également : Les liens d’attachement : comprendre nos blessures émotionnelles et nos réactions relationnelles.
La colère n’est pas forcément le problème
La colère est probablement l’une des émotions que l’on cherche le plus vite à « gérer ».
Pourtant, elle peut recouvrir des réalités très différentes. Elle peut signaler une injustice, une frustration, une limite franchie ou une sensation d’impuissance. Elle peut aussi protéger quelque chose de beaucoup plus vulnérable, comme de la peur, de la honte, une blessure ou le sentiment de ne pas compter.
Il arrive ainsi qu’une personne se mette très en colère lorsqu’elle se sent ignorée, alors que ce qui se trouve juste en dessous est une douleur beaucoup plus difficile à montrer.
Cela ne signifie pas que toute colère cacherait nécessairement une autre émotion. Parfois, on est simplement en colère, et il existe de bonnes raisons de l’être.
La question intéressante devient davantage : qu’est-ce qui s’est passé pour que cette réaction prenne cette intensité, et qu’est-ce que j’ai envie d’en faire ?
Une colère peut conduire à poser une limite qui aurait dû l’être depuis longtemps. Elle peut aussi entraîner des mots ou des comportements que l’on regrettera ensuite. Comprendre l’émotion permet précisément de ne pas confondre les deux.
La tristesse n’a pas toujours besoin d’être rapidement réparée
Nous sommes souvent un peu pressés avec la tristesse, la nôtre comme celle des autres.
Lorsqu’une personne souffre, nous avons envie de l’aider à aller mieux. Nous proposons des solutions, tentons de relativiser ou l’encourageons à penser à autre chose. Tout cela part généralement d’une bonne intention, mais certaines tristesses ont simplement besoin d’être traversées.
Une séparation, un deuil, une déception importante ou la fin d’une période de vie ne disparaissent pas parce que l’on a trouvé la bonne technique de régulation émotionnelle.
Il existe une différence entre rester prisonnier d’une souffrance et accepter qu’une perte produise naturellement de la tristesse pendant un certain temps.
En revanche, lorsqu’une tristesse devient durable, qu’elle s’accompagne d’une perte importante d’envie, de plaisir ou d’énergie et qu’elle modifie profondément le quotidien, il peut être utile d’aller regarder plus précisément ce qui se passe.
Faire le point gratuitement : Suis-je à risque de dépression ?
Honte, culpabilité et estime de soi
La honte et la culpabilité sont également intéressantes à distinguer.
La culpabilité peut apparaître lorsque nous considérons avoir fait quelque chose qui ne correspond pas à nos valeurs. Elle peut être désagréable, mais aussi utile lorsqu’elle nous conduit à reconnaître une erreur, réparer ou modifier un comportement.
La honte touche plus directement l’image que l’on a de soi. Ce n’est plus seulement « j’ai mal agi », mais parfois « quelque chose ne va pas chez moi ».
Lorsqu’elle prend beaucoup de place, elle peut devenir très silencieuse : difficulté à recevoir un compliment, impression de ne jamais être suffisamment bien, peur d’être jugé ou découvert tel que l’on est réellement, besoin de faire beaucoup pour se sentir légitime.
La question émotionnelle rejoint alors celle de l’estime de soi.
Si vous reconnaissez ce fonctionnement, vous pouvez faire gratuitement le test Quel est mon niveau d’estime de soi ? et poursuivre avec l’article Cultiver une estime de soi positive.
Lorsque cette fragilité est ancienne et revient dans plusieurs domaines de la vie, mon ebook L’estime de soi : la racine cachée de vos difficultés propose également un travail plus progressif autour de ces mécanismes.

Accepter une émotion ne veut pas dire la laisser décider à notre place
Le mot acceptation peut parfois prêter à confusion. Accepter une émotion ne signifie pas l’approuver, encore moins la transformer en règle de conduite. Il s’agit simplement de reconnaître qu’elle est là au lieu de consacrer immédiatement toute son énergie à tenter de ne pas la ressentir.
On peut ainsi se dire : « Je suis vraiment jaloux en ce moment » sans décider que cette jalousie prouve nécessairement quelque chose sur son partenaire. Ou : « Cette situation m’angoisse » sans conclure qu’il faut obligatoirement l’éviter.
Cette capacité à rester un peu avec ce que l’on ressent est parfois difficile, surtout lorsque l’émotion est forte. C’est aussi pourquoi la régulation émotionnelle ne se résume pas à quelques exercices de respiration.
Respirer, écrire, marcher, parler : ce qui aide dépend aussi de ce qui se passe
La pleine conscience, l’écriture, la respiration, les activités corporelles ou créatives peuvent être utiles. Mais leur intérêt dépend beaucoup de la personne et du moment.
Quelqu’un qui analyse déjà énormément ses émotions n’a pas forcément besoin de remplir encore quatre pages de journal chaque soir. Une personne très attentive à ses sensations corporelles peut trouver certains exercices de respiration inconfortables. Et lorsqu’une émotion est provoquée par un conflit réel, un exercice de relaxation ne remplace pas toujours la conversation qui doit avoir lieu.
L’objectif est moins de disposer d’une boîte à outils parfaite que de commencer à repérer ce qui permet de diminuer suffisamment l’intensité pour retrouver du choix. Parfois, cela passe par le corps, par la parole, ou par le fait de sortir marcher avant de répondre. Et certaines émotions deviennent aussi plus faciles à supporter lorsqu’elles peuvent être partagées avec quelqu’un.
Nous apprenons aussi à nous réguler dans la relation
Nous parlons beaucoup de « gestion des émotions » comme s’il fallait parvenir à devenir parfaitement autonome émotionnellement.
Pourtant, depuis l’enfance, une partie importante de notre régulation passe par les autres. Être écouté, compris, rassuré ou simplement accompagné peut modifier considérablement l’intensité d’une émotion.
Et cela continue à l’âge adulte. Le problème apparaît davantage lorsque l’apaisement devient totalement dépendant de l’autre. Si une inquiétude ne peut diminuer qu’après avoir reçu une réponse, une preuve d’amour ou une réassurance immédiate, la relation peut progressivement devenir le lieu où l’émotion doit constamment être régulée.
C’est notamment ce que l’on retrouve dans certaines formes de dépendance affective ou d’attachement anxieux.
Si cette difficulté vous parle, vous pouvez faire le test : Suis-je sujet à la dépendance affective ?
Vous pouvez également approfondir avec Comprendre la dépendance affective et ses mécanismes.
Ce que la thérapie permet de travailler autour des émotions
Dans une thérapie, il n’est pas toujours question d’apprendre immédiatement à mieux « gérer » ce que l’on ressent.
Il faut parfois commencer bien avant.
Identifier une émotion là où jusque-là il n’y avait qu’une tension. Repérer que la colère arrive toujours lorsque l’on se sent humilié. Comprendre pourquoi certaines situations déclenchent beaucoup plus d’angoisse qu’elles ne semblent en contenir. Reconnaître une tristesse que l’on recouvrait systématiquement d’activité ou d’irritabilité.
Le travail peut aussi porter sur ce qui se passe ensuite : pourquoi ai-je besoin de me retirer quand je suis blessé ? Pourquoi est-ce que j’ai tellement besoin que l’autre me rassure ? Pourquoi est-il si difficile de dire que je suis en colère sans avoir peur de perdre la relation ?
Les émotions cessent alors d’être seulement quelque chose qui « déborde ». Elles deviennent aussi une manière de mieux comprendre certains fonctionnements qui se répètent.
Et il arrive que ces mouvements apparaissent également dans la relation thérapeutique elle-même : peur de décevoir, difficulté à dire que l’on n’est pas d’accord, envie de minimiser ce que l’on ressent ou inquiétude à l’idée d’être jugé. Pouvoir les repérer dans un cadre différent de nos relations habituelles peut apporter beaucoup d’informations sur notre manière d’être en lien.
Vous vous demandez si un travail thérapeutique pourrait vous être utile ? Faites le test : Ai-je besoin d’une thérapie ?
Et si vous souhaitez comprendre plus concrètement comment je travaille : découvrir la psychothérapie individuelle et les consultations en visio ou au cabinet de Giat.
Apprendre à vivre avec ses émotions plutôt que contre elles
L’apprentissage émotionnel ne consiste donc pas à parvenir à un état où tout serait parfaitement identifié, compris et régulé.
Il arrive que l’on comprenne après coup pourquoi quelque chose nous a autant touché. Il arrive aussi qu’une réaction soit disproportionnée, qu’une peur ancienne se réveille dans une situation nouvelle ou qu’une colère sorte beaucoup plus vite qu’on ne l’aurait voulu.
L’enjeu est plutôt de connaître progressivement suffisamment ses propres réactions pour disposer d’un peu plus de liberté lorsque l’émotion arrive.
Reconnaître ce qui se passe, distinguer ce que l’on ressent de ce que l’on imagine, comprendre ce que cette émotion réveille et décider ensuite de ce que l’on souhaite en faire.
C’est déjà beaucoup.
Pour aller plus loin
Vous pouvez également retrouver l’ensemble de mes tests gratuits pour faire le point sur l’anxiété, l’estime de soi, la dépendance affective, la dépression ou encore l’intérêt d’entreprendre une thérapie.
Je partage par ailleurs sur Instagram @celinaretman des réflexions autour des émotions, des relations et de ce que j’observe dans le travail thérapeutique.
Et vous pouvez vous inscrire à la newsletter pour recevoir ponctuellement mes nouveaux articles et ressources.
Besoin d’aide ?
Contactez-moi pour une séance en visio ou au cabinet de Giat.

