Pourquoi je parle d’attachement toutes les semaines
Il y a des phrases que j’entends presque chaque semaine dans mon cabinet, quels que soient l’âge, le genre ou l’histoire de la personne :
Je deviens folle quand il ne répond pas.
J’ai envie d’aimer mais dès que ça devient sérieux, je prends mes distances.
Quand quelqu’un est vraiment disponible pour moi, je finis par m’ennuyer.
Je n’arrive pas à faire confiance, même quand je sais que je n’ai pas de raison particulière de me méfier.
À première vue, ces phrases parlent de la relation actuelle. De ce partenaire-là, de ce silence-là, de cette dispute-là. Mais elles peuvent aussi révéler quelque chose de plus ancien dans notre manière de vivre la proximité, la distance, l’incertitude ou la peur de perdre l’autre.
C’est là que la question des liens d’attachement et des blessures émotionnelles devient intéressante. Non pas pour expliquer toute notre vie amoureuse par notre enfance, ni pour nous attribuer une étiquette définitive, mais pour comprendre pourquoi certaines situations relationnelles déclenchent chez nous des réactions parfois beaucoup plus fortes que la situation elle-même.
Qu’est-ce qu’un lien d’attachement ?
L’attachement n’est pas seulement une notion théorique. Dès le début de la vie, l’enfant dépend d’adultes capables de répondre suffisamment à ses besoins, de l’apaiser et de devenir pour lui une base à partir de laquelle il peut peu à peu explorer le monde.
De ces expériences se construisent des attentes concernant les relations : est-ce que l’autre est généralement disponible lorsque j’ai besoin de lui ? Puis-je compter sur lui ? Est-il dangereux de dépendre ? Que se passe-t-il lorsque je montre ma vulnérabilité ?
Ces expériences précoces comptent, mais elles ne constituent pas un scénario écrit une fois pour toutes. D’autres relations, événements de vie et expériences affectives peuvent ensuite consolider ou modifier notre manière de nous attacher. La recherche sur l’attachement adulte montre d’ailleurs que ces fonctionnements peuvent comporter une part de stabilité tout en restant sensibles au contexte et aux relations.
On parle couramment d’attachement sécure, anxieux, évitant ou désorganisé. Ces termes sont utiles pour se repérer, à condition de ne pas en faire quatre personnalités dans lesquelles chacun devrait absolument se reconnaître.
Une personne plutôt sécure peut généralement compter sur le lien sans vivre chaque distance comme une menace. Une personne présentant davantage d’anxiété d’attachement sera souvent très sensible aux signes de retrait, de rejet ou d’abandon. Lorsque l’évitement domine, la dépendance affective et l’intimité peuvent au contraire devenir inconfortables, avec une tendance à reprendre de la distance lorsque le lien devient trop engageant.
Certaines personnes connaissent enfin des mouvements plus contradictoires, comme un désir intense de proximité associé à une peur importante du lien, du rejet ou de la vulnérabilité. C’est autour de ce type de fonctionnement que l’on parle parfois d’attachement craintif ou désorganisé chez l’adulte, même si la réalité clinique est plus complexe que les petites infographies en quatre cases que l’on trouve désormais partout.
Pour une illustration douce et claire, je recommande cette vidéo illustrée des styles d’attachement par Fannys. Elle traduit en images simples la complexité de certains fonctionnements affectifs.

Blessures émotionnelles et attachement : deux grilles que je fais parfois dialoguer
Dans mon travail, il m’arrive également d’utiliser la grille des blessures émotionnelles popularisée par Lise Bourbeau : rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice.
Je préfère néanmoins être claire sur le fait que ce modèle ne fait pas partie de la théorie scientifique de l’attachement et il n’existe pas de correspondance automatique entre une blessure et un style d’attachement.
Je trouve malgré tout certaines de ces notions intéressantes lorsqu’elles permettent à une personne de mettre des mots sur une expérience subjective. Quelqu’un peut, par exemple, reconnaître très facilement sa peur de l’abandon, son besoin d’être rassuré ou au contraire sa tendance à se protéger du rejet en n’ayant besoin de personne.
L’intérêt n’est pas de décider que Je suis abandon, donc je suis anxieux, mais plutôt de se demander : qu’est-ce qui devient particulièrement sensible pour moi dans une relation, et qu’est-ce que je fais lorsque cette zone est touchée ?
Est-ce que je poursuis l’autre ? Est-ce que je me tais ? Est-ce que je contrôle ? Est-ce que je prends de la distance avant même qu’il puisse m’en imposer une ? Est-ce que je m’adapte tellement que je ne sais plus très bien ce que je voulais moi-même ?
C’est à cet endroit que ces différentes grilles peuvent devenir intéressantes, lorsqu’elles ouvrent une réflexion plutôt que lorsqu’elles nous enferment dans une explication.
Envie de mieux comprendre votre propre fonctionnement ?
Faites le test : Suis-je sujet à la dépendance affective ?
Ou explorez : Quel est mon niveau d’estime de soi ?
Quand les schémas relationnels se rejouent en couple
Dans les accompagnements de couple, je retrouve régulièrement une dynamique assez reconnaissable : plus l’un cherche à obtenir de la proximité ou une réponse, plus l’autre se sent pressé et prend ses distances. Et plus il s’éloigne, plus le premier s’inquiète et cherche à rétablir le contact.
Au bout d’un moment, chacun finit par considérer la réaction de l’autre comme le problème. Pourtant, ces réactions se nourrissent mutuellement.
L’un peut vivre le retrait comme la confirmation qu’il n’est pas suffisamment aimé, l’autre peut vivre les demandes répétées comme une menace pour son espace ou son autonomie. Ce qui se joue dans le présent peut alors réactiver des attentes et des peurs relationnelles plus anciennes, sans que tout soit pour autant réductible à l’enfance.
Comprendre cette dynamique permet parfois de sortir du procès réciproque : qui aime le plus, qui fait mal, qui devrait changer ? On peut commencer à regarder ce que chacun essaie de protéger lorsqu’il poursuit, se ferme, attaque ou se retire.
Si vous vous reconnaissez dans ces dynamiques relationnelles :
Ai-je besoin d’une thérapie de couple ?

La thérapie relationnelle : un espace pour guérir ses blessures
Parler de ses relations en thérapie est une chose. Observer ce qui se passe dans une relation réelle, au présent, en est une autre.
La relation thérapeutique peut parfois rendre visibles certains fonctionnements qui apparaissent ailleurs : la peur de décevoir, la difficulté à exprimer un désaccord, le besoin de savoir ce que l’autre pense de soi, l’envie de se retirer lorsqu’un sujet devient trop sensible, ou au contraire la crainte que la relation s’interrompe dès qu’un moment d’incompréhension apparaît.
Tout cela ne survient évidemment pas chez tout le monde et pas de la même façon. Mais lorsqu’un de ces mouvements apparaît, il peut être intéressant de pouvoir le regarder ensemble plutôt que de le vivre une fois de plus sans le comprendre.
Le cadre thérapeutique a ici une particularité : la relation n’est ni amicale, ni familiale, ni amoureuse. Elle possède des limites précises, une régularité et un espace consacré à ce que vous vivez. Cela permet parfois d’expérimenter quelque chose de différent : dire que l’on n’est pas d’accord sans que le lien disparaisse, exprimer une émotion sans devoir immédiatement prendre soin de celle de l’autre, poser une limite ou reconnaître un besoin sans avoir à s’en excuser.
Il ne s’agit pas de réparer l’enfance ni de remplacer les liens qui ont manqué. Et une thérapie ne transforme pas mécaniquement un attachement insécure en attachement sécure. Elle peut en revanche aider à mieux reconnaître ce qui se réactive dans les relations, à comprendre les stratégies qui ont autrefois permis de se protéger et à voir si elles sont encore nécessaires aujourd’hui.
Avec le temps, certaines réactions peuvent devenir moins automatiques. On peut supporter un peu mieux une distance sans y lire immédiatement un abandon, avoir besoin de l’autre sans se sentir faible, ou prendre de l’espace sans devoir couper le lien.
C’est cette marge de liberté qui m’intéresse dans le travail sur l’attachement : ne plus être obligé de réagir toujours de la même manière dès que le lien devient important.
Lorsque ces difficultés prennent surtout forme dans la relation à deux, un travail en couple peut permettre de les observer autrement et de sortir peu à peu de certaines réactions devenues automatiques.
Découvrir comment se déroule une thérapie de couple.
Peut-on modifier sa manière de s’attacher ?
Comprendre son fonctionnement d’attachement ne signifie pas chercher à devenir parfaitement sécure ou à ne plus jamais avoir peur de perdre quelqu’un.
Nous avons tous des zones de vulnérabilité dans les relations, et elles ne disparaissent pas parce que nous avons trouvé le bon mot pour les expliquer.
Ce qui peut changer, en revanche, c’est la place qu’elles occupent.
Reconnaître plus tôt que l’on est en train de paniquer devant une distance. Ne pas envoyer immédiatement les six messages que l’anxiété réclame. Comprendre que l’envie soudaine de rompre peut parfois apparaître précisément lorsque la relation devient importante. Pouvoir demander de la proximité sans exiger que l’autre supprime toute incertitude. Pouvoir prendre de la distance sans disparaître.
Les modèles d’attachement ne sont utiles que s’ils nous permettent de mieux comprendre ce qui se passe sans transformer notre histoire en destin.
Et c’est probablement ce que je voudrais que l’on retienne ici : nos premières expériences relationnelles comptent, parfois beaucoup. Mais elles ne sont pas les seules relations que nous aurons dans notre vie.
Pour aller plus loin à votre rythme :
Comprendre la dépendance affective et ses mécanismes
Quel est mon niveau d’estime de soi ?
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