Besoin, désir et plaisir : pourquoi ne voulons-nous pas toujours ce dont nous avons besoin ?

par | 8/12/23 | Sexualité

Nous utilisons facilement les mots besoin, envie, désir et plaisir comme s’ils désignaient presque la même chose.

J’ai besoin de lui. J’ai envie de chocolat. Je n’ai plus de désir. Je me fais plaisir. 

Pourtant, ces expériences ne se recouvrent pas complètement. Nous pouvons avoir besoin de repos et avoir très envie de continuer à travailler. Désirer intensément quelqu’un qui ne nous fait pas particulièrement de bien. Prendre du plaisir à quelque chose dont nous n’avions aucun besoin quelques minutes auparavant. Ou savoir que quelque chose nous ferait probablement du bien sans parvenir à en éprouver la moindre envie.

C’est cette différence qui rend le lien entre besoin, désir et plaisir beaucoup plus intéressant qu’un simple enchaînement.

Comprendre ce qui nous manque, ce qui nous attire et ce qui nous procure réellement du plaisir permet aussi de regarder autrement certaines difficultés très quotidiennes : pourquoi recherchons nous certaines choses encore et encore ? Pourquoi le désir disparaît-il parfois alors que le besoin de lien demeure ? Pourquoi certaines satisfactions nous laissent-elles finalement assez peu satisfaits ?

Le besoin : ce dont nous ne pouvons pas tout à fait nous passer

Certains besoins sont évidents. Nous avons besoin de manger, de boire, de dormir, d’une certaine sécurité physique.

D’autres sont moins immédiatement mesurables mais occupent une place importante dans notre équilibre psychologique : avoir des relations suffisamment sécurisantes, pouvoir disposer d’une certaine autonomie, se sentir reconnu, appartenir à un groupe, avoir une vie qui ne soit pas entièrement dépourvue de sens.

Nous n’avons pourtant pas tous besoin de ces choses de la même manière ni dans les mêmes proportions.

L’un aura énormément besoin de solitude pour récupérer après une journée chargée quand un autre cherchera spontanément de la compagnie. L’un supportera assez bien une longue période sans relation amoureuse tandis qu’un autre vivra cette absence comme très pénible. Ce qui semble indispensable à l’un pourra simplement être agréable pour l’autre.

C’est aussi pourquoi les besoins humains se prêtent assez mal à des classifications trop rigides.

La célèbre pyramide de Maslow peut fournir quelques repères, mais elle est souvent présentée aujourd’hui comme une hiérarchie beaucoup plus stricte que ce que son auteur lui-même défendait. Dans la vie réelle, nous pouvons rechercher de l’amour alors que notre sécurité n’est pas assurée, créer dans des circonstances extrêmement précaires ou momentanément négliger certains besoins physiques pour quelque chose auquel nous accordons davantage d’importance.

Reconnaître un besoin ne revient donc pas à trouver une case dans laquelle le ranger. Cela consiste surtout à constater que son absence produit quelque chose en nous.

Lorsque cette question dépasse les besoins du quotidien et concerne davantage ce qui donne une direction ou une signification à la vie, vous pouvez poursuivre avec Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies.

Le désir n’est pas simplement un besoin qui aurait trouvé un objet

C’est là que les choses se compliquent. Si nous désirions seulement ce dont nous avons besoin, une bonne partie de nos choix serait beaucoup plus simple.

Le désir possède sa logique propre. Il est influencé par notre histoire, notre imaginaire, nos expériences, ce qui nous est familier, ce qui nous manque, ce qui est interdit, ce que les autres valorisent et parfois par ce qui nous échappe.

Nous pouvons ainsi désirer quelque chose dont nous n’avons objectivement aucun besoin, un vêtement supplémentaire, une reconnaissance sociale particulière, quelqu’un avec qui nous savons pourtant que la relation est compliquée, une nouvelle expérience alors que rien ne manque véritablement.

Et le phénomène inverse existe aussi : un besoin ne provoque pas nécessairement du désir.

Une personne épuisée peut avoir besoin de repos tout en étant incapable de s’arrêter. Quelqu’un peut avoir besoin de relations sociales et pourtant refuser toutes les invitations lorsqu’il va mal. Dans la sexualité également, avoir besoin de tendresse ou de proximité ne signifie pas nécessairement éprouver du désir sexuel.

Cette distinction est importante parce que nous utilisons souvent le mot besoin pour donner davantage de poids à un désir.

J’ai besoin que tu m’appelles. J’ai besoin que tu sois plus démonstratif. J’ai besoin que nous fassions davantage l’amour.

Ce qui est exprimé peut correspondre à un véritable besoin de sécurité, de proximité ou de reconnaissance, mais la manière précise dont nous souhaitons qu’il soit satisfait appartient déjà au domaine du désir et de la relation.

On peut avoir besoin de se sentir aimé sans que l’autre soit obligé de le montrer exactement de la manière que nous avions imaginée.

le lien intime entre besoin plaisir et désir photo

Dans le couple, distinguer besoin et demande change parfois la discussion

Cette nuance devient particulièrement utile dans les relations, car lorsqu’une personne dit : J’ai besoin que tu me répondes rapidement quand je t’écris, plusieurs choses peuvent se mélanger.

Il peut exister un besoin de sécurité dans le lien, une peur d’être oublié, une attente construite au fil de la relation, une habitude, ou simplement une préférence pour une communication fréquente.

On peut ainsi avoir besoin de se sentir important pour l’autre sans que cela signifie qu’il doive répondre dans l’heure à chaque message. Le besoin mérite d’être entendu, mais la manière précise dont on souhaite qu’il soit satisfait reste une demande, qui doit pouvoir se discuter dans la relation.

Cette distinction n’enlève rien à la légitimité de ce que l’on ressent, mais elle permet plutôt de réfléchir à plusieurs façons d’y répondre au lieu de considérer qu’une seule solution est possible.

Lorsque le sentiment de sécurité dépend beaucoup de la présence, des réponses ou de la disponibilité de l’autre, la question peut également rejoindre celle de la dépendance affective.

Faire le test : Suis-je sujet à la dépendance affective ?

Désirer n’est pas la même chose que prendre du plaisir

Dans la vie quotidienne, les deux semblent aller ensemble. Nous voulons quelque chose parce que nous anticipons le plaisir que cela devrait nous apporter. Pourtant, le désir et le plaisir peuvent se dissocier.

Les travaux en neurosciences sur les mécanismes de récompense ont notamment distingué le wanting, ce qui nous attire et nous motive à rechercher une récompense, du liking, qui correspond davantage au plaisir effectivement éprouvé lorsqu’elle est obtenue.

Cela permet de comprendre un phénomène assez familier, celui de continuer à vouloir quelque chose alors que le plaisir qu’il procure a considérablement diminué.

On ouvre encore une fois son téléphone sans véritable intérêt, on cherche un nouveau produit que l’on oubliera rapidement après l’avoir acheté, on retourne vers une expérience dont on sait pourtant qu’elle ne nous satisfait plus tellement.

Dans certaines conduites compulsives et certaines addictions, cette dissociation peut devenir particulièrement forte. La motivation à rechercher la récompense continue à augmenter alors que le plaisir ressenti ne suit pas nécessairement. Les mécanismes cérébraux du vouloir et ceux du plaisir ne sont effectivement pas identiques.

Cela évite aussi une simplification fréquente autour de la dopamine qui n’est pas simplement l’hormone du plaisir. Son rôle est notamment important dans la motivation et l’attribution de valeur incitative à ce qui attire notre attention.

Cette distinction permet aussi de mieux comprendre ce qui se passe dans certaines conduites addictives, quand l’envie et la recherche peuvent continuer à prendre beaucoup de place alors que le plaisir réellement éprouvé a diminué. On ne recherche alors plus nécessairement quelque chose parce que cela fait tellement de bien, mais parce que le mécanisme qui pousse à y revenir s’est installé.

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Vous pouvez également approfondir cette question avec mon article consacré aux mécanismes de l’addiction.

Le plaisir n’est pas toujours la preuve qu’un besoin a été satisfait

On peut également éprouver énormément de plaisir dans quelque chose qui ne répond à aucun manque préalable. Une musique entendue par hasard, un repas que l’on n’avait pas particulièrement anticipé, une conversation qui se prolonge, une expérience sexuelle inattendue, une journée dehors sans avoir pensé quelques heures auparavant que l’on en avait besoin.

Le plaisir ne vient donc pas simplement récompenser la satisfaction d’un besoin. Il participe à notre manière d’apprendre ce qui nous attire, ce que nous apprécions et ce vers quoi nous aurons peut-être envie de revenir.

Mais là encore, il n’est pas un guide infaillible. Ce qui procure du plaisir immédiatement ne correspond pas toujours à ce que nous souhaitons pour nous à plus long terme, et quelque chose de profondément important peut être difficile, inconfortable ou frustrant sur le moment.

Il suffit de penser à certaines décisions, comme quitter une relation qui ne convient plus, reprendre des études, poser enfin une limite, faire face à une conversation longtemps évitée.

Une vie satisfaisante ne peut donc pas se construire uniquement en suivant ce qui procure le plus de plaisir immédiat.

Le lien intime entre besoin plaisir et désir photo

Et dans la sexualité ?

La différence entre besoin, désir et plaisir apparaît de manière particulièrement nette dans la sexualité.

Nous parlons parfois du besoin sexuel comme s’il fonctionnait sur le même modèle que la faim ou le sommeil. Pourtant, on ne meurt pas d’une absence de relations sexuelles et le désir varie énormément d’une personne à l’autre et chez une même personne selon les périodes de vie.

On peut avoir besoin de proximité, de contact physique, de tendresse ou de se sentir désiré, sans avoir envie d’un rapport sexuel. Inversement, on peut éprouver du désir sexuel sans souhaiter davantage d’intimité affective.

Et il est également possible d’accepter ou d’initier une relation sexuelle dans laquelle le plaisir reste faible. C’est une distinction importante dans les couples parce que plusieurs questions finissent facilement par se confondre : Tu n’as pas envie de sexe, donc tu ne me désires plus.Tu ne me désires plus, donc tu ne m’aimes plus. Tu m’aimes, donc tu devrais avoir envie.

La réalité est rarement aussi linéaire, et le désir sexuel dépend du contexte, de l’état physique et psychologique, de la relation, de ce qui se passe pendant l’interaction et de nombreux autres facteurs. Il peut aussi apparaître en réponse à une stimulation ou à une proximité, et pas uniquement avant toute expérience sexuelle. Les modèles contemporains de la réponse sexuelle ont précisément remis en cause l’idée d’une succession universelle et toujours identique entre désir, excitation et plaisir.

Si vous vous interrogez sur votre propre désir, vous pouvez faire gratuitement le test Ai-je un trouble de la libido ?

Et si vous avez notamment l’impression d’aimer toujours votre partenaire mais de ne plus le désirer de la même façon, vous pouvez poursuivre avec Amour et désir dans le couple : comprendre la différence.

Lorsque la recherche du plaisir devient une manière de ne plus ressentir autre chose

Nous utilisons aussi parfois le plaisir pour modifier notre état intérieur. Manger, acheter, regarder une série, boire, faire défiler son téléphone, travailler, avoir une activité sexuelle ou chercher constamment une nouvelle stimulation peuvent permettre momentanément de couper une inquiétude, un ennui, une solitude ou une tension.

Cela n’a évidemment rien de problématique en soi, et nous nous faisons tous plaisir pour nous détendre ou changer d’état. La question devient plus intéressante lorsque certaines activités ne sont presque plus choisies pour le plaisir qu’elles procurent, mais parce qu’il devient difficile de supporter ce qui apparaît lorsqu’on ne les fait pas.

Il peut alors apparaître un décalage assez net entre l’intensité de l’envie et le peu de satisfaction réellement éprouvée une fois le comportement accompli, et ce décalage mérite davantage d’attention que la quantité de plaisir recherchée.

Le manque crée-t-il toujours du désir ?

Pas nécessairement, car dans certains domaines, l’absence peut augmenter le désir; dans d’autres, elle finit au contraire par l’éteindre.

Une longue absence de sexualité peut provoquer beaucoup de frustration chez une personne et presque plus aucune envie chez une autre. Un manque de reconnaissance peut conduire quelqu’un à la rechercher constamment tandis qu’un autre finit par ne plus rien demander.

Notre histoire intervient ici énormément. Nous ne développons pas seulement des désirs en fonction de ce qui nous manque. Nous apprenons également ce qu’il paraît raisonnable d’espérer, ce que nous pouvons demander et ce que nous pensons mériter.

C’est là que les questions de besoin et de désir rejoignent parfois l’estime de soi, car certaines personnes ont beaucoup plus de facilité à identifier ce que veulent les autres qu’à répondre à une question apparemment très simple : Et vous, qu’est-ce que vous voulez ? 

Quand on a longtemps appris à s’adapter, à ne pas déranger ou à faire passer les autres avant soi, le désir personnel peut devenir difficile à reconnaître.

Si cette question vous parle, vous pouvez faire le test : Quel est mon niveau d’estime de soi ?

Le Plaisir comme Manifestation d’Harmonie

Le plaisir est la concrétisation d’un équilibre entre besoin et désir. Lorsqu’un besoin est comblé par un désir réalisé, le plaisir se manifeste comme une validation, une célébration de cette harmonie. Par exemple, la satisfaction d’un repas délicieux ne réside pas seulement dans la nourriture elle-même, mais dans l’harmonie entre la faim (le besoin), le choix du plat (le désir) et la dégustation (le plaisir).

Cette harmonie offre plus qu’un simple moment de contentement : elle nous permet de ressentir un sentiment de complétude. Dans ces instants, nous sommes connectés à notre être, pleinement présents, et en paix avec nous-mêmes.

le lien intime entre besoin plaisir et désir photo

Peut-on apprendre à mieux savoir ce que l’on veut ?

Pas toujours immédiatement, car il existe des périodes où les envies sont très claires et d’autres où elles le sont beaucoup moins.

Un changement de vie, une séparation, un épuisement, une dépression ou simplement plusieurs années passées à répondre essentiellement aux attentes extérieures peuvent rendre la question du désir particulièrement floue.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faille trouver au plus vite ce que l’on veut vraiment. Il est parfois plus utile de repartir de choses beaucoup plus concrètes : ce qui fait du bien, ce qui fatigue systématiquement, ce que l’on continue à faire par habitude, ce que l’on envie chez les autres, ce que l’on regrette de ne plus faire, ce qui suscite encore de la curiosité.

Le désir se découvre aussi de cette manière, sans avoir besoin d’en faire immédiatement un grand projet de vie.

Quand la thérapie peut aider à démêler besoin, désir et plaisir

Certaines difficultés deviennent particulièrement visibles lorsque ces trois dimensions se confondent.

Une personne pense avoir besoin de quelqu’un alors qu’elle redoute surtout de se retrouver seule.

Une autre poursuit sans cesse un objectif parce qu’elle imagine qu’elle sera enfin satisfaite une fois qu’elle l’aura atteint, mais chaque réussite est immédiatement remplacée par la suivante.

Une autre encore sait très bien ce qu’elle devrait vouloir et ne ressent plus grand-chose lorsqu’on lui demande ce qu’elle désire réellement.

En thérapie, il est possible de prendre le temps de regarder ces contradictions sans chercher immédiatement à les résoudre.

Qu’est-ce qui manque réellement ? Qu’est-ce qui est désiré ? Qu’attend-on de l’objet, de la relation ou de la réussite que l’on poursuit ? Et une fois cette chose obtenue, qu’est-ce qui se passe réellement ?

Ces questions peuvent concerner une relation amoureuse, la sexualité, le travail, le rapport à la nourriture, la reconnaissance ou des choix beaucoup plus existentiels.

Lorsque la difficulté touche surtout la sexualité, un travail en sexothérapie peut permettre d’explorer plus précisément ce qui favorise ou freine le désir et le plaisir.

Et lorsque la question traverse plus largement la vie, les relations ou le rapport à soi, elle peut être travaillée en psychothérapie individuelle.

Vous pouvez également faire le test : Ai-je besoin d’une thérapie ?

Nous n’avons pas toujours besoin de ce que nous voulons, ni envie de ce dont nous avons besoin

C’est sans doute ce qui rend la question moins simple mais beaucoup plus humaine.

Nos besoins, nos désirs et nos plaisirs peuvent aller dans le même sens. Un besoin de repos nous conduit à souhaiter une soirée tranquille et nous en retirons réellement du plaisir.

Mais ils peuvent aussi se contredire.

Nous pouvons rechercher quelque chose dont nous savons qu’il ne nous satisfait plus, négliger quelque chose dont nous avons réellement besoin ou découvrir du plaisir là où nous n’avions rien prévu.

Mieux se connaître ne consiste donc pas à réussir à aligner parfaitement ces trois dimensions.

Il s’agit plutôt de repérer leurs décalages et, de temps en temps, de pouvoir se demander :

Est-ce que j’en ai besoin ? Est-ce que je le désire ? Et est-ce que cela me procure encore réellement du plaisir ?

Les trois réponses ne sont pas toujours les mêmes.

Et c’est souvent là que la réflexion commence.

Pour aller plus loin

Selon ce que cette question vient toucher pour vous, vous pouvez poursuivre avec :

Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies
Amour et désir dans le couple : comprendre la différence
La communication sexuelle dans le couple : parler du désir, des limites et de ce qui change
Comprendre ses émotions : apprendre à les reconnaître sans les subir

Vous pouvez également faire gratuitement des tests.

Et si ces questions autour du désir, de la sexualité ou de vos relations prennent aujourd’hui une place importante, vous pouvez prendre rendez-vous pour une séance de psychothérapie ou de sexothérapie, en visio ou au cabinet de Giat.

Je partage également sur Instagram @celinaretman des réflexions autour de la sexualité, des relations, des émotions et de ce qui se joue dans le travail thérapeutique.

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