Hypersensibilité : la comprendre et mieux vivre avec

Certaines personnes ont longtemps entendu qu’elles étaient trop sensibles, trop affectées par une remarque, trop vite épuisées par le bruit ou l’agitation, trop attentives à l’ambiance d’un lieu, trop touchées par ce qu’elles voient ou par ce que vivent les autres. À force, elles peuvent finir par considérer leur sensibilité comme un problème en soi, quelque chose qu’il faudrait apprendre à contenir pour fonctionner comme tout le monde.

Le terme hypersensibilité est aujourd’hui très utilisé, parfois au point de recouvrir des réalités assez différentes. Il peut désigner une sensibilité émotionnelle importante, une forte réactivité à certains stimuli sensoriels, une tendance à traiter longuement ce que l’on vit ou encore le fait d’être facilement débordé lorsque plusieurs sollicitations s’accumulent.

Il est important de préciser que l’hypersensibilité n’est pas, en elle-même, un diagnostic ou un trouble psychologique. La recherche s’intéresse notamment à ce que l’on appelle la sensibilité du traitement sensoriel (Sensory Processing Sensitivity), considérée comme une caractéristique individuelle qui varie d’une personne à l’autre. Les personnes présentant une sensibilité élevée peuvent être davantage affectées par des environnements difficiles, mais semblent aussi pouvoir bénéficier davantage de contextes soutenants et sécurisants.

L’enjeu n’est donc pas forcément de devenir moins sensible. Il est d’abord de comprendre à quoi l’on est sensible, dans quelles situations cette sensibilité devient coûteuse et ce dont on a besoin pour ne pas vivre continuellement en surcharge.

Vous vous demandez si vous vous reconnaissez dans ce fonctionnement ?
Vous pouvez faire gratuitement le test Suis-je hypersensible ? Celui-ci offre un repère pour réfléchir à votre sensibilité et à ses répercussions dans votre quotidien, il ne constitue pas un diagnostic.

Que recouvre réellement l’hypersensibilité ?

Toutes les personnes qui se reconnaissent dans l’hypersensibilité ne vivent pas les mêmes choses.

Chez certaines, la dimension sensorielle est très présente : les environnements bruyants, les lumières fortes, les lieux très fréquentés, certains contacts physiques ou l’accumulation de plusieurs stimulations peuvent devenir rapidement fatigants.

Pour d’autres, ce sont davantage les situations émotionnelles et relationnelles qui prennent de la place. Une remarque reste longtemps en tête, un conflit continue à être rejoué plusieurs heures après, une atmosphère tendue est immédiatement repérée ou une situation touchante provoque une émotion particulièrement forte.

Il peut également exister une tendance à traiter les événements en profondeur, comme revenir sur une conversation, chercher différentes explications, percevoir de nombreuses nuances et avoir parfois du mal à interrompre cette activité mentale une fois qu’elle est lancée.

Ces dimensions peuvent bien sûr se combiner, mais elles ne forment pas un portrait unique de la personne hypersensible. La recherche elle-même montre aujourd’hui que la sensibilité est multidimensionnelle et qu’il existe des profils différents parmi les personnes obtenant des scores élevés aux mesures de sensibilité.

C’est important, parce que l’étiquette peut parfois finir par expliquer un peu trop de choses : je suis hypersensible, donc je suis forcément empathique, je supporte mal les conflits, je ne sais pas poser de limites, je réfléchis trop.Or toutes ces caractéristiques peuvent avoir d’autres origines et méritent parfois d’être regardées séparément.

Lorsque trop de choses arrivent en même temps

La difficulté la plus concrète est souvent moins l’intensité d’une émotion particulière que l’accumulation.

Une journée de travail avec beaucoup d’interactions, du bruit, plusieurs imprévus, une tension avec quelqu’un et une soirée déjà chargée peut laisser certaines personnes avec le sentiment qu’il n’existe plus beaucoup de marge. Une sollicitation relativement banale en fin de journée suffit alors à provoquer de l’irritabilité, des larmes ou un besoin urgent de s’isoler.

Vue de l’extérieur, la réaction peut sembler disproportionnée par rapport au dernier événement, mais celui-ci arrive parfois après des heures d’effort d’adaptation.

Comprendre cela permet de ne pas interpréter systématiquement la surcharge comme une incapacité à gérer ses émotions. Il peut être nécessaire d’agir beaucoup plus tôt, par exemple réduire certaines stimulations, aménager des temps sans sollicitations, tenir compte de son besoin de récupération ou éviter d’enchaîner certaines situations lorsque cela est possible.

Les adultes présentant une sensibilité élevée décrivent d’ailleurs fréquemment le besoin de diminuer les entrées sensorielles et de disposer de stratégies psychologiques permettant de mieux gérer la surstimulation.

Hypersensibilité photo

Hypersensibilité et émotions : ressentir fort ne suffit pas toujours à comprendre ce que l’on ressent

Ressentir beaucoup ne signifie pas nécessairement être très à l’aise avec ses émotions.

Une personne peut percevoir très finement une tension relationnelle et avoir pourtant beaucoup de difficulté à comprendre ce qui se passe en elle. Elle peut être bouleversée par une critique sans savoir si elle se sent blessée, rejetée, honteuse ou en colère. L’intensité de la sensation ne donne pas automatiquement son mode d’emploi.

C’est pour cette raison que l’apprentissage émotionnel reste important. Pouvoir différencier ce que l’on ressent, ce que l’on imagine et ce que l’on décide ensuite de faire permet souvent de diminuer cette impression que l’émotion prend toute la place.

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez lire Comprendre ses émotions : apprendre à les reconnaître sans les subir.

Hypersensibilité, anxiété ou hypervigilance : ne pas tout mettre dans la même case

Cette distinction me paraît particulièrement importante aujourd’hui, parce que beaucoup de personnes se reconnaissent dans le mot hypersensibilité alors qu’une partie de ce qu’elles décrivent relève peut-être aussi de l’anxiété ou d’une vigilance acquise au cours de leur histoire.

Être très attentif au ton de quelqu’un, repérer immédiatement un changement d’humeur, anticiper les réactions des autres ou avoir du mal à se détendre dans un environnement imprévisible peut ressembler à une grande sensibilité relationnelle. Mais ces comportements peuvent aussi s’être développés parce qu’il a longtemps été nécessaire de surveiller ce qui se passait autour de soi.

De même, quelqu’un qui rumine énormément après une conversation ou qui supporte difficilement l’incertitude n’est pas nécessairement en train d’exprimer uniquement son hypersensibilité. L’anxiété peut prendre une place importante.

Ces réalités peuvent coexister. L’intérêt n’est pas de choisir absolument la bonne étiquette, mais d’éviter que le mot hypersensible ne ferme la réflexion alors qu’il devrait plutôt l’ouvrir.

Si ce sont surtout les inquiétudes, les ruminations ou l’anticipation qui vous épuisent, vous pouvez faire le test : Suis-je sujet à l’anxiété ?

Vous pouvez également poursuivre avec l’article Anxiété : comprendre ses mécanismes et retrouver de l’apaisement.

Et si la sensibilité concerne surtout les relations ?

Les relations peuvent être particulièrement coûteuses lorsque l’on accorde beaucoup d’importance aux nuances, aux changements de ton ou à ce qui n’est pas dit.

Mais là encore, il faut éviter un raccourci fréquent, car être hypersensible ne signifie pas automatiquement manquer de limites ou être dépendant des autres.

La difficulté à dire non, la peur de décevoir, le besoin d’être rassuré ou la tendance à prendre en charge les émotions de tout le monde peuvent également être liés à l’histoire familiale, à l’attachement, à l’estime de soi ou aux expériences relationnelles antérieures.

Une personne peut donc être sensible et savoir parfaitement poser des limites, quand une autre peut se considérer hypersensible alors que sa principale difficulté concerne surtout la peur du rejet.

Lorsque les deux se combinent, la relation peut devenir particulièrement fatigante, car on perçoit beaucoup de choses, on leur donne beaucoup de sens et l’on se sent facilement responsable de maintenir l’équilibre.

Si vous vous reconnaissez surtout dans cette peur de perdre le lien ou dans le besoin de vous adapter pour préserver la relation, vous pouvez poursuivre avec l’article Les liens d’attachement : comprendre nos blessures émotionnelles.

Et lorsque le regard des autres influence fortement la valeur que vous vous accordez, le test Quel est mon niveau d’estime de soi ? peut apporter un autre éclairage.

La sensibilité au travail : lorsque l’environnement compte vraiment

Certains environnements professionnels sont plus coûteux que d’autres lorsque l’on est très sensible aux stimulations.

Un open space bruyant, des interruptions permanentes, des demandes contradictoires ou un climat relationnel tendu peuvent mobiliser énormément d’énergie. Ce qui paraît supportable ponctuellement peut devenir très fatigant lorsque cela constitue le quotidien.

Il ne s’agit pas pour autant de conclure qu’une personne hypersensible ne pourrait travailler que dans le silence ou qu’elle serait naturellement plus fragile professionnellement. Beaucoup fonctionnent parfaitement bien dès lors qu’elles comprennent mieux leurs conditions de fonctionnement et qu’elles peuvent récupérer suffisamment.

La question devient plus préoccupante lorsque la fatigue ne diminue plus, que l’irritabilité s’installe, que le sommeil se dégrade et que le travail occupe progressivement toute l’énergie disponible.

Dans ce cas, il peut être utile de regarder plus largement la situation plutôt que d’expliquer l’épuisement uniquement par l’hypersensibilité.

Faire le point : Suis-je à risque de burnout ?

hypersensibilité illustration

L’hypersensibilité n’est ni un handicap à corriger, ni un superpouvoir

Pendant longtemps, l’hypersensibilité a surtout été décrite comme une fragilité. Le discours inverse s’est ensuite beaucoup développé, et les personnes hypersensibles seraient particulièrement intuitives, empathiques, créatives ou presque dotées d’une perception supérieure.

Les deux versions me paraissent réductrices.

La sensibilité peut rendre certaines expériences plus riches et d’autres plus coûteuses. Quelqu’un peut être extrêmement réceptif à la musique ou à la beauté d’un lieu et très vite épuisé dans un environnement bruyant. Percevoir beaucoup de nuances dans une relation peut permettre une grande finesse, mais aussi compliquer les choses lorsque chaque détail devient matière à interprétation.

Certaines recherches retrouvent des associations entre sensibilité élevée, empathie ou créativité, notamment pour certaines dimensions du trait, mais cela ne signifie évidemment pas que toutes les personnes hypersensibles possèdent ces caractéristiques.

L’intérêt est donc moins de transformer la sensibilité en défaut ou en qualité que de comprendre comment elle fonctionne chez une personne particulière.

Ce que la psychothérapie peut apporter

Une psychothérapie n’a pas pour objectif de rendre quelqu’un moins sensible.

Elle peut en revanche permettre de démêler plusieurs choses qui, avec le temps, se sont parfois confondues, par exemple, ce qui relève d’une sensibilité personnelle, ce qui appartient davantage à l’anxiété, ce qui s’est construit dans certaines relations et ce qui vient d’expériences qui ont rendu la vigilance nécessaire.

Cela peut également permettre d’identifier plus tôt les signes de surcharge. Certaines personnes ne s’arrêtent qu’au moment où elles sont déjà complètement épuisées parce qu’elles ont appris à supporter énormément avant de considérer qu’elles avaient le droit de se retirer.

Le travail porte parfois sur les limites, mais pas sous la forme d’un simple apprentissage consistant à savoir dire non. Il peut être nécessaire de comprendre pourquoi ce non provoque autant de culpabilité, pourquoi décevoir quelqu’un semble si dangereux ou pourquoi le besoin des autres paraît toujours plus légitime que le sien.

Dans d’autres situations, ce sont davantage les réactions émotionnelles qui sont travaillées, comme apprendre à ne pas transformer immédiatement une perception en certitude, différencier ce qui appartient au présent de ce qu’une situation réactive et retrouver suffisamment de recul pour ne pas vivre chaque émotion comme une urgence.

Il peut enfin s’agir beaucoup plus simplement de cesser de passer son temps à essayer de fonctionner contre soi-même. Une sensibilité importante n’oblige pas à organiser toute sa vie autour d’elle, mais elle mérite parfois d’être prise en compte comme on tiendrait compte de n’importe quelle autre caractéristique personnelle.

Vous vous demandez si un accompagnement pourrait vous être utile ? Vous pouvez faire le test : Ai-je besoin d’une thérapie ?

Et si vous souhaitez savoir plus concrètement comment je travaille, vous pouvez découvrir la psychothérapie individuelle et les consultations proposées en visio ou au cabinet de Giat.

Mieux se connaître plutôt que devenir moins sensible

Comprendre son hypersensibilité ne consiste donc pas forcément à apprendre à mieux supporter tout ce qui nous épuise.

Il peut être tout aussi utile de reconnaître que certains environnements demandent plus d’énergie, que certaines relations activent des réactions particulières ou que l’on a parfois besoin de davantage de récupération que quelqu’un d’autre.

Avec le temps, cette connaissance permet aussi de différencier plus facilement : ici, je suis simplement très sollicité, là, mon anxiété est en train de prendre le relais; ou encore dans cette relation, quelque chose de beaucoup plus ancien est touché.

Et cette distinction change beaucoup de choses, parce qu’elle évite de demander à une seule étiquette d’expliquer toute notre personnalité.

L’objectif n’est finalement pas de surmonter sa sensibilité.

Il est de suffisamment bien la connaître pour qu’elle ne décide pas, à elle seule, de la manière dont on organise sa vie.

Pour aller plus loin

Si vous vous interrogez sur votre propre fonctionnement, vous pouvez commencer par le test gratuit Suis-je hypersensible ?

Selon ce que votre sensibilité vient surtout toucher, vous pouvez également poursuivre avec :

Comprendre ses émotions : apprendre à les reconnaître sans les subir
Anxiété : comprendre ses mécanismes et retrouver de l’apaisement
Les liens d’attachement : comprendre nos blessures émotionnelles
Cultiver une estime de soi positive

Vous retrouverez également l’ensemble de mes tests gratuits sur le site.

Et si votre sensibilité devient aujourd’hui difficile à vivre, qu’elle s’accompagne d’anxiété, d’épuisement ou de difficultés relationnelles répétées, vous pouvez prendre rendez-vous pour une séance de psychothérapie en visio ou au cabinet de Giat.

Je partage également sur Instagram @celinaretman des réflexions autour des émotions, des relations, de l’estime de soi et du travail thérapeutique.

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