Il arrive qu’en séance, lorsque la question des sextoys apparaît, elle soit accompagnée d’un petit moment d’hésitation. Certaines personnes sont curieuses mais n’osent pas essayer. D’autres en utilisent seules et se demandent comment en parler à leur partenaire. Certaines craignent qu’introduire un objet dans leur sexualité signifie que quelque chose ne fonctionne plus suffisamment bien dans leur couple.
Ces questions sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne l’imagine.
Les sextoys ont largement quitté la sphère du tabou, mais cela ne signifie pas que nous soyons tous devenus parfaitement à l’aise avec eux. Notre rapport à la sexualité reste traversé par notre histoire, notre éducation, notre rapport au corps, au plaisir, au désir et parfois par quelques vieilles représentations qui ont la vie dure.
Un sextoy n’est pourtant ni une nécessité, ni la preuve d’une sexualité particulièrement libérée. C’est simplement une possibilité supplémentaire. Un outil qui peut permettre de découvrir certaines sensations, de mieux connaître son corps ou d’introduire un peu de nouveauté dans une sexualité personnelle ou partagée.
Les sextoys ne remplacent rien
C’est probablement l’une des inquiétudes qui revient le plus souvent dans le couple : si mon ou ma partenaire souhaite utiliser un sextoy, est-ce parce que je ne lui suffis plus ?
Pas nécessairement, un objet ne remplace ni le désir, ni la tendresse, ni l’intimité, ni ce qui se joue entre deux personnes. Il propose simplement une stimulation différente de celle qu’une main, une bouche ou un corps peuvent procurer.
La question devient alors moins : « Pourquoi avons-nous besoin de cela ? » que : « Est-ce que cela nous donne envie ? »
Cette nuance est importante. La sexualité supporte assez mal les obligations, y compris celle d’être inventive, audacieuse ou épanouie. On peut très bien avoir une sexualité satisfaisante sans jamais utiliser de sextoy. Comme on peut aimer en utiliser sans que cela ne dise quoi que ce soit de négatif sur sa relation.
Explorer son plaisir pour mieux se connaître
L’utilisation d’un sextoy en solo peut permettre d’explorer son corps sans avoir à se préoccuper des réactions ou des attentes d’un partenaire.
C’est parfois une manière intéressante de découvrir ce qui procure réellement du plaisir, le type de stimulation, son intensité, son rythme, les zones auxquelles on est particulièrement sensible. Cette connaissance peut ensuite faciliter la sexualité partagée, simplement parce qu’il devient plus facile de communiquer ce que l’on aime lorsque l’on a soi-même appris à le reconnaître.
Cette exploration peut aussi aider certaines personnes à se réapproprier progressivement leur sexualité après une période de moindre désir, une rupture, une modification corporelle ou simplement après des années passées à davantage se préoccuper du plaisir de l’autre que du leur.
Elle ne doit cependant jamais devenir une nouvelle performance. Il n’y a rien à réussir. Il n’est pas nécessaire d’atteindre systématiquement l’orgasme, d’augmenter toujours davantage les stimulations ou de chercher à reproduire une expérience précédente.
Le plaisir sexuel reste vivant précisément parce qu’il varie.
Si votre désir est actuellement en retrait, vous pouvez prolonger cette réflexion avec mon article Comment relancer sa libido naturellement ou faire le test Ai-je un trouble de la libido ?

Introduire un sextoy dans le couple
Dans un couple, le sujet peut devenir beaucoup plus intéressant encore, parce qu’il ouvre une conversation sur les désirs.
Proposer un sextoy, c’est parfois simplement dire que l’on aimerait explorer quelque chose ensemble. Mais la manière dont cette proposition est reçue dépend évidemment de l’histoire sexuelle de chacun.
L’un peut y voir un jeu, l’autre une critique implicite de ses compétences sexuelles. L’un peut être très curieux tandis que l’autre se sent gêné, intimidé ou tout simplement peu intéressé.
Aucune de ces réactions n’est anormale.
L’important est que l’objet ne devienne ni une obligation ni une façon détournée d’imposer une pratique. Il peut être proposé, discuté, choisi ensemble, essayé puis abandonné si l’expérience ne convient pas.
C’est finalement la même règle que pour toute exploration sexuelle : l’envie de l’un ne crée jamais une obligation pour l’autre.
Et il y a parfois quelque chose de très intéressant dans cette conversation, indépendamment du fait que le sextoy soit finalement utilisé ou non. Elle oblige à parler de plaisir, d’envies, de limites, de curiosités. Autrement dit, de choses que beaucoup de couples finissent par ne plus vraiment se demander.
Si les questions de désir occupent une place importante dans votre relation, mon article Amour et désir dans le couple : comprendre la différence peut vous aider à distinguer ce qui relève du sentiment amoureux, du désir et de l’évolution naturelle de la sexualité dans la durée.
Et lorsque le problème dépasse la sexualité, que la communication est devenue difficile, qu’il y a des ressentiments, des non-dits ou des conflits répétés, vous pouvez également faire le test Ai-je besoin d’une thérapie de couple ?
Comment choisir un sextoy ?
Le choix est aujourd’hui immense, ce qui peut être aussi stimulant qu’un peu déroutant.
Pour une première expérience, il n’est pas forcément utile de chercher l’objet le plus sophistiqué. Un modèle simple, adapté à la stimulation recherchée et dont les commandes sont faciles à utiliser suffit largement.
La matière est également importante. Pour les objets destinés à être introduits dans le corps, il est préférable de choisir des matériaux conçus pour cet usage, faciles à nettoyer et dont la composition est clairement indiquée par le fabricant.
L’utilisation d’un lubrifiant adapté peut également rendre l’expérience beaucoup plus confortable. Et lorsqu’un sextoy est partagé entre partenaires ou utilisé sur différentes zones du corps, les règles d’hygiène restent exactement les mêmes que pour le reste de la sexualité : nettoyage adapté, protection si nécessaire et absence de passage d’une zone à une autre sans précautions.
Pour un usage anal, un objet doit notamment posséder une base suffisamment large pour éviter qu’il ne puisse être entièrement aspiré à l’intérieur du rectum.
Cela peut sembler très pratique comme conseil au milieu d’un article consacré au plaisir, mais parler sereinement de sexualité, c’est aussi parler de sécurité sans en faire toute une histoire.

Commencer doucement… ou ne pas commencer du tout
La curiosité sexuelle n’a rien d’une obligation.
On peut avoir envie d’essayer un sextoy à 20 ans, à 50 ans ou jamais. On peut en utiliser pendant une période puis ne plus y trouver d’intérêt. On peut aimer certaines stimulations et en détester d’autres.
Il n’existe pas une sexualité moderne qui serait forcément plus aventureuse qu’une autre.
Si vous souhaitez essayer, commencez simplement par ce qui vous intrigue réellement. Prenez le temps de découvrir les sensations plutôt que de chercher immédiatement une intensité maximale. Si quelque chose est désagréable ou douloureux, arrêtez. Le plaisir n’a pas à être obtenu contre le corps.
Et si vous êtes en couple, laissez aussi la possibilité à votre partenaire de ne pas savoir immédiatement ce qu’il ou elle en pense. Certaines expériences ont besoin d’un peu de temps pour être apprivoisées.
Quand le sextoy ne règle pas le problème
Il arrive aussi que l’on espère qu’un nouvel objet permettra de relancer à lui seul une sexualité devenue compliquée.
Cela peut apporter de la nouveauté, mais un sextoy ne résout pas une absence persistante de désir, des douleurs pendant les rapports, une difficulté à se laisser toucher, une rancœur importante envers son partenaire ou une communication sexuelle devenue impossible.
Dans ces situations, le problème n’est généralement pas le manque de stimulation.
Il peut être plus utile de regarder ce qui s’est passé autour de la sexualité : fatigue, charge mentale, changements corporels, histoire personnelle, difficultés relationnelles, peur, pression autour des rapports ou différence de désir entre les partenaires.
Le sextoy peut alors faire partie d’une exploration, mais il ne doit pas devenir une nouvelle façon d’éviter la question.
Pour poursuivre l’exploration
Si la question ne se situe pas tant dans le choix d’un sextoy que dans votre manière de vivre et de partager votre sexualité, vous pouvez également lire :
La Communication Sexuelle dans le Couple : Renforcer l’Intimité par le Dialogue Ouvert
Le Lien Intime entre Besoin, Plaisir et Désir
Et si vous souhaitez explorer davantage ce qui nourrit votre imaginaire érotique :
Le rôle des Fantasmes dans la Vie Sexuelle : Exploration, Libération et Intimité
Retrouver une sexualité qui vous ressemble
Ce que j’aime dans la question des sextoys, c’est qu’elle ouvre finalement sur quelque chose de beaucoup plus vaste et la possibilité de se demander ce que l’on aime vraiment.
Pas ce que l’on devrait aimer, ou ce que l’on imagine normal à son âge ou après quinze ans de couple, ou encore ce que les autres semblent faire, mais ce qui nous ressemble.
Pour certaines personnes, cette liberté passera par l’exploration de nouvelles sensations. Pour d’autres, par le retour à quelque chose de beaucoup plus simple. Pour d’autres encore, elle commencera par la possibilité de dire non, de demander davantage de temps ou de remettre du désir là où la sexualité était devenue une habitude.
En sexothérapie, le travail n’est donc jamais de rendre une sexualité plus spectaculaire. Il consiste plutôt à comprendre ce qui permet à chacun de se sentir suffisamment libre, présent et en sécurité pour habiter sa propre sexualité.
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