Pornographie : quels effets sur le désir, le cerveau et les relations ?

par | 23/10/24 | Sexualité

La pornographie est devenue extrêmement facile d’accès. Quelques secondes suffisent aujourd’hui pour passer de la curiosité à une quantité presque infinie d’images et de scénarios sexuels.

Pour certaines personnes, elle reste une consommation occasionnelle, intégrée sans difficulté particulière à leur sexualité. Pour d’autres, quelque chose se déplace progressivement : on regarde plus souvent, plus longtemps, parfois sans même en avoir réellement envie. On cherche une excitation plus rapide, une coupure avec le stress ou l’ennui, un moment où l’on n’a plus à penser.

Et puis il y a les couples dans lesquels la pornographie devient un sujet sensible. Celui ou celle qui regarde ne comprend pas toujours pourquoi cela blesse l’autre, et celui ou celle qui le découvre peut vivre cette consommation comme une comparaison, un rejet, parfois même une trahison.

C’est pour cela que la question me paraît beaucoup plus intéressante lorsqu’on sort du débat « pour ou contre la pornographie ».

La vraie question est plutôt : quelle place occupe-t-elle dans votre sexualité, dans votre vie émotionnelle et, éventuellement, dans votre couple ?

Ce que la pornographie vient chercher dans notre système de récompense

Comme d’autres expériences agréables ou stimulantes, la sexualité mobilise les circuits cérébraux associés à la motivation et à la récompense.

La pornographie présente cependant une caractéristique particulière : elle permet d’accéder très rapidement à une succession presque illimitée de stimuli sexuels nouveaux. Il est possible de changer d’image, de scénario ou de partenaire imaginé en quelques secondes, là où la sexualité réelle comporte nécessairement du temps, de l’attente, des ajustements et la présence d’un autre.

Chez certaines personnes, cette facilité d’accès peut progressivement installer une habitude.

On ouvre une vidéo pour se détendre après une journée difficile. Puis quand on s’ennuie, puis quand on est anxieux. Parfois simplement parce que le téléphone est là et que le geste est devenu automatique.

Ce n’est alors plus seulement l’excitation sexuelle qui est recherchée. La consommation peut commencer à remplir une fonction émotionnelle : calmer une tension, couper une rumination, éviter momentanément un sentiment de solitude ou provoquer rapidement une sensation agréable.

C’est souvent à cet endroit que j’aime déplacer la question. Plutôt que de demander uniquement « combien de fois regardez-vous de la pornographie ? », il devient intéressant de se demander :

Qu’est-ce que je cherche à ce moment-là ?

Du plaisir ? De l’excitation ? Un apaisement ? Une distraction ? Une façon de ne plus ressentir quelque chose pendant quelques minutes ?

Lorsque la consommation commence justement à fonctionner comme un moyen privilégié de réguler ses émotions, mon article Comprendre l’addiction : ce qui se joue vraiment derrière peut permettre d’élargir la réflexion.

Vous pouvez également faire le test Ai-je une addiction ? si vous avez le sentiment qu’un comportement est devenu difficile à contrôler malgré votre souhait de le réduire.

Pornographie, excitation et désir réel : pas toujours la même chose

L’excitation sexuelle et le désir pour son ou sa partenaire ne fonctionnent pas exactement de la même manière.

La pornographie permet une stimulation immédiate et très disponible. La sexualité partagée, elle, suppose davantage de choses : être disponible psychiquement, sentir son corps, rencontrer le désir de l’autre, accepter parfois que l’excitation mette du temps à apparaître.

Chez certaines personnes, une consommation très régulière de contenus pornographiques peut finir par prendre une place importante dans leur mode d’excitation. Elles constatent alors qu’elles sont facilement excitées devant un écran mais beaucoup moins dans leur sexualité réelle, ou qu’elles ont davantage besoin de scénarios précis pour maintenir leur excitation.

Cela ne signifie pas que la pornographie provoque automatiquement une perte de libido. Les situations sont beaucoup plus diverses que cela. Mais lorsqu’une personne constate elle-même un décalage entre son excitation devant les images et son désir dans sa vie sexuelle, cela mérite d’être regardé.

Il peut également apparaître une pression autour de la performance : durée des rapports, apparence des corps, disponibilité sexuelle permanente, pratiques présentées comme ordinaires alors qu’elles ne correspondent pas nécessairement aux envies de chacun.

La sexualité réelle est beaucoup moins chorégraphiée. Elle comporte des hésitations, des rires, des corps imparfaits, des moments où le désir n’est pas synchronisé et parfois des rapports qui ne ressemblent pas du tout à ce que l’on avait imaginé.

Et heureusement.

Si vous vous interrogez surtout sur une baisse de désir, vous pouvez approfondir avec Comment relancer sa libido naturellement et le test Ai-je un trouble de la libido ?

Pornographie et fantasmes : ne pas confondre les deux

La pornographie peut nourrir l’imaginaire érotique, mais elle ne se confond pas avec lui.

Un fantasme est un espace intérieur extrêmement personnel. Il peut être flou, changeant, impossible à réaliser ou totalement éloigné de ce que nous voudrions vivre réellement. L’image pornographique, elle, fournit déjà un scénario construit par quelqu’un d’autre.

Cette distinction me semble intéressante parce qu’une sexualité très dépendante de stimuli extérieurs peut parfois laisser moins de place à son propre imaginaire.

Se demander ce qui nous excite sans écran, ce que l’on imagine spontanément, ce qui fait naître le désir dans notre tête ou dans notre corps peut alors permettre de retrouver quelque chose de plus personnel.

Si cette question vous intéresse, vous pouvez lire Fantasmes sexuels : comprendre leur rôle dans le désir.

Quand la pornographie touche l’image de soi

La pornographie ne concerne pas seulement celui ou celle qui la regarde. Elle peut aussi agir indirectement sur le regard que l’on porte sur soi.

Certaines personnes se comparent aux corps qu’elles voient. D’autres se demandent si elles sont assez désirables, assez performantes, suffisamment disponibles ou suffisamment audacieuses sexuellement.

Et dans le couple, ces comparaisons peuvent devenir douloureuses.

Une personne peut penser : « Si mon partenaire regarde cela, c’est que mon corps ne lui suffit plus. »

L’autre peut répondre : « Cela n’a rien à voir avec toi. »

Et les deux peuvent sincèrement dire ce qu’ils ressentent.

Le problème commence parfois moins avec la pornographie elle-même qu’avec ce qu’elle réveille : peur de ne pas être assez, sentiment de comparaison, besoin d’être rassuré, inquiétude face au désir de l’autre.

Si vous sentez que cette question touche profondément la façon dont vous vous percevez, le test Quel est mon niveau d’estime de soi ? peut vous aider à faire le point. Mon article Confiance en soi ou estime de soi : comment ne plus travailler sur le mauvais problème permet également de distinguer deux difficultés que l’on confond très souvent.

Et dans le couple ?

Il n’existe pas de règle universelle disant ce qu’un couple devrait accepter ou refuser concernant la pornographie.

Certains couples n’y accordent aucune importance. D’autres l’intègrent à leur sexualité. D’autres encore considèrent qu’elle n’a pas sa place dans leur relation.

Ce qui importe davantage est ce qui a été implicitement ou explicitement défini entre les partenaires, et surtout la possibilité d’en parler.

Une consommation cachée peut devenir extrêmement douloureuse lorsqu’elle est découverte, non seulement à cause des images elles-mêmes mais parce qu’elle introduit la question du secret.

À l’inverse, demander à son partenaire de ne jamais avoir d’imaginaire sexuel en dehors du couple peut aussi traduire une insécurité qui dépasse largement la pornographie.

Il n’y a pas forcément un coupable et une victime à chaque fois. Il y a parfois deux histoires, deux sensibilités et deux conceptions différentes de l’intimité qui viennent se heurter.

Lorsque la discussion tourne rapidement au reproche, à la défense ou au silence, je vous conseille mon article La Communication Sexuelle dans le Couple : Renforcer l’Intimité par le Dialogue Ouvert.

Et si cette difficulté s’inscrit dans un conflit plus large ou fragilise profondément votre relation, vous pouvez faire le test Ai-je besoin d’une thérapie de couple ?

la pornographie addiction sexualité

Quand une consommation devient-elle réellement problématique ?

La fréquence, à elle seule, ne suffit pas à répondre à cette question.

Deux personnes peuvent regarder de la pornographie avec la même fréquence et avoir un rapport complètement différent à cette consommation.

Je serais davantage attentive à certains signes : le sentiment de ne plus vraiment choisir, les tentatives répétées de réduire sans y parvenir, le temps consacré qui augmente, le sommeil ou le travail qui commencent à en pâtir, une consommation poursuivie malgré des conséquences relationnelles importantes, ou encore l’impression qu’il devient difficile d’accéder à l’excitation autrement.

La culpabilité, à elle seule, ne prouve pas non plus qu’il existe un trouble. Elle peut être liée à l’éducation, aux valeurs personnelles, au contexte religieux ou familial, ou à la façon dont la sexualité a été abordée dans l’histoire de la personne.

C’est pourquoi je préfère parler de consommation problématique ou compulsive lorsqu’elle commence à échapper au choix et à produire une souffrance réelle, plutôt que de coller trop rapidement l’étiquette d’addiction à la pornographie.

Si vous vous reconnaissez dans cette difficulté à reprendre la main sur un comportement, vous pouvez faire le test Ai-je une addiction ?

Et lorsque la pornographie n’est finalement qu’une manifestation parmi d’autres d’un mal-être plus diffus, le test Ai-je besoin d’une thérapie ? peut permettre d’élargir le regard.

La sexothérapie permet d’explorer le rapport au désir, aux fantasmes et à la sexualité. Elle aide également à comprendre les mécanismes qui entretiennent la consommation de pornographie et à retrouver une relation plus libre à son désir.

Ce qu’il peut y avoir derrière une consommation compulsive

Une consommation qui prend beaucoup de place ne raconte pas nécessairement la même histoire chez tout le monde.

Chez certains, elle accompagne une anxiété importante. Chez d’autres, une période de solitude, une rupture, une difficulté à entrer en relation ou une forte insatisfaction sexuelle. Elle peut également devenir une façon de repousser l’ennui, d’apaiser rapidement une tension ou de retrouver pendant quelques minutes une sensation de maîtrise.

C’est pour cela qu’un accompagnement thérapeutique ne consiste pas seulement à supprimer un comportement.

Si l’on retire la pornographie sans comprendre ce qu’elle venait faire là, on risque de laisser intact le besoin auquel elle répondait.

Lorsque vous avez surtout le sentiment que l’anxiété ou la tension intérieure occupent beaucoup de place, vous pouvez également consulter L’anxiété : une compagne indésirable, mais surmontable et faire le test Suis-je sujet à l’anxiété ?

Et si votre difficulté concerne davantage la relation à l’autre, le besoin d’être rassuré, la peur du rejet ou l’impossibilité de rester seul.e, l’article Comprendre la Dépendance Affective : Causes, Symptômes et Solutions et le test Suis-je sujet à la dépendance affective ? peuvent ouvrir une autre piste.

Retrouver une sexualité qui ne repose pas uniquement sur l’écran

L’objectif n’est pas nécessairement de bannir la pornographie de toute vie sexuelle.

Pour certaines personnes, l’enjeu sera d’arrêter complètement parce que la consommation est devenue trop envahissante. Pour d’autres, il sera plutôt de retrouver du choix : pouvoir regarder ou ne pas regarder, retrouver une excitation qui ne dépende pas toujours d’un écran et laisser davantage de place au corps, au partenaire et à l’imaginaire.

Cela peut aussi passer par la redécouverte d’une sexualité moins immédiatement stimulante mais plus sensorielle : prendre davantage de temps, explorer le toucher, remettre de la curiosité dans le couple, découvrir ce qui produit réellement du plaisir plutôt que chercher systématiquement l’intensité.

À ce sujet, vous pouvez poursuivre avec Le Lien Intime entre Besoin, Plaisir et Désir, qui permet de réfléchir à ce que l’on recherche réellement derrière l’excitation.

Et si vous souhaitez explorer une sexualité davantage centrée sur les sensations, la présence et le corps, Le Tantra : une exploration spirituelle et sensuelle propose une autre porte d’entrée.

Se poser la bonne question

Je ne pense pas que la question la plus intéressante soit : « Est-ce que la pornographie est bonne ou mauvaise ? »

Elle conduit rapidement à des positions très tranchées qui ne disent finalement pas grand-chose de ce que vit une personne.

Je préfère celles-ci :

Est-ce que je choisis encore ma consommation ?
Est-ce qu’elle enrichit ma sexualité ou est-ce qu’elle commence à la remplacer ?
Et quel rôle joue-t-elle dans ma vie lorsque je ne vais pas bien ?

Les réponses peuvent être très différentes d’une personne à l’autre.

Et c’est précisément pour cela que l’on gagne à sortir de la honte comme de la banalisation.

Si vous souhaitez être accompagné.e

Lorsque la pornographie devient difficile à contrôler, pèse sur la sexualité, provoque des conflits ou s’inscrit dans une souffrance plus globale, il peut être utile d’en parler dans un espace où la question peut être abordée sans jugement.

J’accompagne ces problématiques en psychothérapie individuelle, sexothérapie et thérapie de couple, en visioconférence ou au cabinet de Giat.

Vous pouvez prendre rendez-vous si vous souhaitez que nous explorions ensemble ce qui se joue dans votre situation.

Pour continuer à votre rythme, vous pouvez également me retrouver sur Instagram @celinaretman ou vous inscrire à ma newsletter, où je partage régulièrement mes nouveaux articles, tests et réflexions autour de la psychologie, du couple et de la sexualité.

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