Après une perte, il est assez fréquent de chercher des repères. On veut savoir si ce que l’on ressent est normal, combien de temps cela va durer, pourquoi on allait un peu mieux la semaine dernière avant de s’effondrer à nouveau trois jours plus tard. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le modèle des « étapes du deuil » continue à être autant utilisé, car il donne une forme à une expérience qui, sur le moment, peut paraître très désordonnée.
Mais le deuil se laisse assez mal ranger dans une succession d’étapes.
On peut éprouver de la colère puis retrouver un peu d’apaisement, rire sincèrement un soir et être bouleversé le lendemain par une chanson, une odeur ou une date. Certaines personnes ressentent énormément de tristesse, d’autres traversent de longues périodes où elles fonctionnent presque normalement avant que l’absence ne les rattrape. Il n’existe pas une bonne manière de faire son deuil.
Le décès d’un proche est évidemment la situation à laquelle on pense d’abord, mais d’autres pertes peuvent également provoquer un véritable travail de deuil, comme une séparation, la perte d’un emploi, un déménagement imposé, la maladie, la disparition d’un animal, un projet qui ne pourra pas se réaliser ou la fin d’une période importante de sa vie.
La psychothérapie n’est pas nécessaire à chaque deuil. Beaucoup de personnes trouvent progressivement leur propre manière de traverser la perte grâce à leur entourage, leurs ressources, leurs croyances ou simplement au temps. Elle devient davantage pertinente lorsque la souffrance semble ne plus pouvoir circuler, que la vie se rétrécit autour de l’absence ou que l’on se sent durablement seul avec ce que l’on traverse.
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Les étapes du deuil : pourquoi en parle-t-on encore ?
Elisabeth Kübler-Ross a décrit à la fin des années 1960 cinq réactions devenues célèbres : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Son travail portait initialement sur des personnes confrontées à une maladie terminale, et ce modèle a ensuite été très largement appliqué au deuil. Les travaux contemporains invitent toutefois à ne surtout pas considérer ces cinq réactions comme des passages obligatoires ni comme une séquence permettant de savoir si un deuil avance correctement.
Je trouve donc plus juste de les présenter comme des expériences que l’on peut rencontrer, parfois plusieurs à la fois, parfois pas du tout.
Le choc et l’incrédulité
Dans les premiers temps, il arrive que la réalité soit parfaitement comprise intellectuellement sans être encore réellement intégrée.
On sait ce qui s’est passé et pourtant quelque chose continue à attendre un message, une voix dans une autre pièce, un retour à la maison. Certaines personnes parlent d’anesthésie ou de fonctionnement automatique. Elles organisent les démarches, répondent aux messages, s’occupent de ce qu’il faut faire et se demandent parfois pourquoi elles ne pleurent pas davantage.
Il n’y a pas nécessairement de déni au sens où la personne refuserait la réalité. Le psychisme peut simplement avoir besoin de temps pour intégrer une information dont les conséquences sont immenses.
La colère
La colère peut apparaître contre la vie, les médecins, la maladie, un responsable, les proches qui semblent ne pas comprendre, soi-même ou même parfois contre la personne décédée.
Cette dernière colère est souvent difficile à reconnaître : Comment pourrais-je lui en vouloir alors qu’elle est morte ?
Et pourtant, il peut exister simultanément un immense amour et une colère contre celui ou celle qui nous laisse avec cette absence, certaines responsabilités ou des choses restées inachevées.
Les émotions du deuil ne sont pas toujours raisonnables et elles n’ont pas besoin de l’être pour exister.
Les « si seulement » : marchandage, regrets et culpabilité
Après une perte, le cerveau peut rejouer sans fin certaines scènes.
Si j’avais appelé plus tôt. Si j’avais insisté pour qu’il consulte. Si nous ne nous étions pas disputés ce jour-là. J’aurais dû comprendre.
Ces pensées donnent parfois l’impression que l’on aurait pu empêcher ce qui s’est passé. Même lorsque cela est objectivement peu probable, la culpabilité peut offrir une illusion de contrôle : si quelque chose dépendait de moi, alors peut-être que le monde était moins imprévisible qu’il ne le paraît aujourd’hui.
Il est parfois nécessaire de revenir longuement sur ces « si » pour distinguer ce que l’on aurait réellement pu savoir ou faire de ce que l’on comprend seulement après coup.
La tristesse et le manque
Avec le temps, l’absence peut devenir moins irréelle et plus concrète.
C’est parfois là que la tristesse devient particulièrement forte. Il ne s’agit plus seulement de comprendre qu’une personne est morte, mais de découvrir peu à peu tous les endroits où elle ne sera plus : les habitudes, les fêtes, les conversations, les projets, les petits gestes du quotidien.
Cette période peut s’accompagner de fatigue, d’un besoin de retrait, d’une difficulté à se concentrer ou d’une diminution temporaire de l’intérêt pour certaines activités.
Une tristesse importante après un décès n’est pas, en elle-même, une dépression.
En revanche, lorsqu’elle s’accompagne durablement d’une dévalorisation massive, d’une perte presque totale de plaisir ou d’élan, d’un désespoir envahissant ou d’idées suicidaires, il est important de ne pas tout attribuer au deuil et de demander une évaluation professionnelle.
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L’acceptation ne signifie pas « tourner la page »
C’est probablement le mot le plus mal compris du modèle. Accepter ne signifie ni approuver ce qui s’est passé, ni ne plus souffrir, ni ne plus penser à la personne.
Il s’agit davantage d’intégrer progressivement une réalité, que cette personne ne reviendra pas et il va falloir construire une vie qui tienne compte de son absence.
Cela peut prendre des formes très différentes, comme conserver certains objets, continuer à parler intérieurement au défunt, raconter des souvenirs, transmettre quelque chose de lui aux enfants, retourner dans un endroit qui comptait, ou simplement constater qu’il existe désormais une place pour le souvenir qui n’empêche plus toute la vie de continuer autour.
Les approches contemporaines du deuil parlent d’ailleurs beaucoup de ces liens qui continuent, plutôt que d’une nécessité de se détacher définitivement de la personne perdue.

Le deuil avance rarement en ligne droite
Une manière plus contemporaine de penser le deuil consiste à observer deux mouvements qui alternent. Il y a les moments où l’attention revient vers la perte : le manque, les souvenirs, les pleurs, la colère, ce qui aurait dû avoir lieu. Et il y a les moments tournés vers la restauration de la vie : reprendre une activité, régler des problèmes concrets, rencontrer quelqu’un, rire, s’occuper des autres, faire des projets ou simplement penser à autre chose pendant quelques heures.
Le modèle du double processus de Stroebe et Schut décrit précisément cette oscillation entre orientation vers la perte et réengagement dans la vie. Cette alternance correspond mieux aux observations contemporaines que l’idée d’une progression régulière d’une étape à la suivante.
Et cela permet aussi de comprendre quelque chose qui culpabilise parfois énormément : aller mieux pendant quelques heures n’est pas trahir la personne perdue.
Rire à nouveau ne signifie pas l’avoir oubliée. Reprendre goût à quelque chose ne diminue pas l’importance du lien.
Tous les deuils ne suivent pas un décès
Le mot deuil est aussi utilisé pour d’autres pertes importantes, parce que certains mécanismes se ressemblent et qu’il faut renoncer à une réalité qui existait ou à un avenir que l’on avait imaginé.
Une séparation
On ne perd pas seulement une personne. On perd parfois une maison commune, des habitudes, une place dans une famille, des projets et une représentation de l’avenir.
La rupture peut également laisser subsister la personne dans le monde, parfois très proche, ce qui crée un travail différent du deuil après un décès.
La perte de la santé ou d’une capacité
Une maladie, un accident ou un diagnostic peuvent imposer de renoncer à certaines possibilités, à une image de soi ou à la vie que l’on pensait avoir devant soi.
Ce deuil est souvent peu reconnu par l’entourage parce qu’il n’y a pas de rituel social pour marquer ce qui a été perdu.
Un emploi, une retraite ou un changement de vie
Perdre un travail peut toucher beaucoup plus que les revenus. Pour certaines personnes, il représentait une identité, une reconnaissance, un environnement social ou une organisation entière de la vie quotidienne.
La retraite peut elle aussi confronter à une question inattendue : qui suis-je lorsque la fonction que j’ai occupée pendant trente ans n’organise plus mes journées ?
Un projet ou une vie que l’on n’aura pas
Un désir d’enfant qui n’aboutit pas, un projet professionnel abandonné, une relation espérée qui ne se réalisera pas ou certains choix devenus impossibles peuvent entraîner le deuil de quelque chose qui n’a jamais réellement existé mais qui avait pourtant une place psychique importante.
Ce sont parfois les deuils les plus solitaires, parce que l’entourage comprend moins facilement pourquoi ils font si mal.
Cette question rejoint aussi celle du sens et de ce que l’on imaginait pour sa propre existence. Vous pouvez poursuivre avec l’article Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies

Quand le deuil devient particulièrement difficile à traverser
Il n’existe pas de chronomètre universel permettant de décider qu’une personne devrait être passée à autre chose. Le temps nécessaire dépend du lien, des circonstances de la perte, de l’histoire personnelle, du soutien disponible et de nombreux autres facteurs.
Mais certains deuils restent durablement d’une intensité telle qu’ils empêchent la personne de réinvestir sa vie.
Le trouble du deuil prolongé est désormais reconnu dans le DSM-5-TR. Chez l’adulte, ce diagnostic ne peut être posé qu’au moins douze mois après le décès et suppose notamment un manque ou une préoccupation très intense autour du défunt associés à une souffrance importante et à une perturbation durable du fonctionnement quotidien. Il s’agit bien d’un diagnostic lié au décès d’une personne proche, et non de toutes les pertes auxquelles nous donnons plus largement le nom de deuil.
Cela ne signifie pas qu’il faille attendre douze mois pour demander de l’aide.
Une personne peut parfaitement avoir besoin d’être accompagnée beaucoup plus tôt, notamment après un décès brutal, traumatique ou lorsqu’elle se retrouve très isolée. Le délai de douze mois correspond à un critère diagnostique, pas à un délai avant lequel il faudrait souffrir seul.
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Ce que la psychothérapie peut apporter pendant un deuil
Venir en thérapie après une perte ne signifie pas que l’on fait mal son deuil. Il n’y a parfois rien à réparer et aucune émotion à faire disparaître. Il faut surtout un endroit où ce qui est devenu difficile à déposer dans la vie quotidienne puisse continuer à être parlé.
L’entourage est souvent très présent dans les premières semaines. Puis chacun reprend peu à peu sa vie. Pour la personne endeuillée, l’absence, elle, n’a évidemment pas suivi le même calendrier.
La thérapie peut alors permettre de revenir sur le lien, sur les circonstances de la perte, sur les regrets ou les conflits restés ouverts. Elle peut aussi aider à comprendre ce que cette perte vient réactiver : un deuil ancien, une peur de l’abandon, une expérience traumatique ou une vulnérabilité déjà présente avant le décès.
Lorsque les circonstances de la mort ont été particulièrement violentes ou traumatiques, le travail peut également concerner les images, les souvenirs intrusifs et la réaction traumatique, qui ne se confondent pas avec le processus de deuil lui-même.
Et parfois, la thérapie accompagne quelque chose de plus discret : comment continuer à vivre sans avoir l’impression qu’aller mieux signifie laisser l’autre derrière soi.
Si vous souhaitez savoir plus concrètement comment peut se dérouler cet accompagnement, vous pouvez découvrir ma page consacrée à la psychothérapie individuelle et aux séances proposées en visio ou au cabinet de Giat.
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Les dates, les lieux et les moments où le deuil revient
Même lorsqu’un deuil s’est beaucoup apaisé, certaines périodes peuvent le rendre momentanément plus présent, comme un anniversaire, Noël, la date du décès, une chanson, un lieu, une naissance ou un événement que la personne aurait dû connaître peuvent faire remonter très vivement l’émotion.
Cela ne signifie pas nécessairement que l’on est revenu en arrière.
Le deuil évolue aussi avec nous. Ce que représente la perte trois mois après un décès n’est pas exactement ce qu’elle représentera cinq ou quinze ans plus tard.
Certains souvenirs deviennent plus doux, et d’autres événements donnent une nouvelle signification à l’absence.
Le lien ne disparaît pas nécessairement, mais il change de forme.

Traverser un deuil sans avoir à le réussir
Il n’existe pas une manière exemplaire de traverser un deuil.
Certaines personnes parlent énormément et d’autres beaucoup moins. Certaines ont besoin de conserver presque tous les objets pendant longtemps, d’autres ressentent assez rapidement le besoin de modifier leur environnement. Certaines retournent très vite au travail parce que cette structure les aide quand d’autres en sont momentanément incapables.
Ce qui importe n’est pas de savoir à quelle étape on se trouve mais plutôt d’observer si, malgré la douleur, quelque chose continue progressivement à circuler : des moments où l’on pense à autre chose, des liens que l’on conserve, des activités que l’on retrouve, une possibilité d’imaginer à nouveau un peu d’avenir.
La personne disparue peut continuer à avoir une place importante, tout en laissant peu à peu de la place à autre chose dans la vie.
Lorsque cela devient très difficile, que l’absence prend toute la place ou que la souffrance reste trop lourde à porter seul, la thérapie peut offrir un soutien. Non pas pour aller plus vite, mais pour ne pas rester seul avec ce qui semble ne plus bouger.
Pour aller plus loin
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Comprendre ses émotions : apprendre à les reconnaître sans les subir
Les liens d’attachement : comprendre nos blessures émotionnelles
Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies
Et si vous sentez que votre deuil prend aujourd’hui trop de place, qu’il vous isole ou que vous avez simplement besoin d’un espace pour en parler autrement, vous pouvez prendre rendez-vous pour une séance en visio ou au cabinet de Giat.
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