Il y a peu d’événements qui viennent bouleverser aussi brutalement l’histoire d’un couple que la découverte d’une infidélité.
En quelques heures, ce qui paraissait connu peut devenir incertain. On réinterroge les derniers mois, parfois les dernières années, certains souvenirs prennent une autre couleur et des détails jusque-là anodins deviennent soudain suspects. La question ne concerne plus seulement ce qui s’est passé avec une autre personne. Elle touche aussi à ce que l’on croyait savoir de son couple, de l’autre et parfois de soi-même.
Pourtant, parler d’infidélité n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Les situations sont très différentes, tout comme les raisons qui peuvent y conduire et la manière dont les couples traversent ensuite ce qui s’est produit.
Certains se séparent. D’autres restent ensemble sans parvenir réellement à retrouver leur relation. D’autres encore réussissent, avec du temps, à reconstruire quelque chose qui ne sera pas exactement le couple d’avant mais qui peut malgré tout redevenir suffisamment sûr et vivant.
À partir de quand parle-t-on d’infidélité ?
La réponse paraît évidente lorsqu’il y a eu une relation sexuelle avec une autre personne. Elle l’est beaucoup moins dans certaines situations contemporaines, comme des conversations intimes entretenues en secret, des messages sexuels, des échanges de photos, une relation affective très investie, l’utilisation d’applications de rencontre ou de sexualité en ligne.
La recherche elle-même ne dispose pas d’une définition parfaitement consensuelle de l’infidélité, et les études montrent que les personnes ne placent pas toutes la frontière au même endroit. Les comportements explicitement sexuels sont généralement ceux qui sont le plus facilement identifiés comme infidèles, mais l’investissement émotionnel et les échanges numériques peuvent également être vécus comme une transgression importante.
Ce qui compte beaucoup est donc l’accord qui existe dans le couple, qu’il ait été formulé clairement ou qu’il ait été considéré comme allant de soi.
Une relation non monogame consentie, dans laquelle les partenaires ont défini ensemble ce qui leur convient, ne relève pas de l’infidélité du simple fait qu’une autre personne entre dans la vie sexuelle ou affective. Le consentement, la communication et les accords établis entre les partenaires font précisément partie de ce qui distingue la non-monogamie consentie d’une relation vécue dans le secret.
C’est souvent la transgression de cet accord, mais aussi le secret qui l’accompagne, qui donne à l’infidélité sa dimension de trahison.
Pourquoi devient-on infidèle ?
C’est probablement l’une des premières questions qui apparaît après la découverte, et parfois longtemps après.
Pourquoi ?
Il serait tentant de chercher une explication unique : quelque chose allait mal dans le couple, le désir avait disparu, la personne infidèle avait peur de l’engagement, elle avait besoin de séduire ou elle reproduisait une histoire ancienne.
Toutes ces situations existent. Aucune ne suffit à expliquer l’ensemble des infidélités.
Les recherches retrouvent au contraire des motivations très diverses. Certaines concernent directement la relation principale, comme une insatisfaction, un éloignement affectif, des conflits ou une perte du sentiment amoureux. D’autres sont davantage liées à la personne elle-même, à la recherche de nouveauté, au besoin de se sentir désirée, à une période particulière de sa vie ou simplement aux circonstances dans lesquelles une rencontre est devenue possible. Les motivations sont également associées à des histoires d’infidélité très différentes dans leur durée, leur investissement affectif et leurs conséquences.
Une infidélité peut donc révéler quelque chose du couple, mais elle ne constitue pas automatiquement la preuve que le couple était mauvais ou condamné.
Inversement, expliquer une infidélité uniquement par une crise personnelle de celui ou celle qui l’a commise peut aussi empêcher de regarder certains problèmes relationnels qui existaient réellement.
Les deux niveaux peuvent coexister.
Et surtout, comprendre ce qui a rendu l’infidélité possible ne revient pas à la justifier. On peut chercher à comprendre une décision tout en considérant que celui ou celle qui l’a prise en reste responsable.
Cette distinction est particulièrement importante dans le travail thérapeutique. Si l’analyse des difficultés du couple arrive trop tôt, le partenaire trompé peut entendre que ce qui lui est arrivé serait finalement la conséquence de ce qu’il n’aurait pas suffisamment donné, compris ou désiré. Or les difficultés relationnelles appartiennent généralement aux deux partenaires, et la décision d’entretenir une relation cachée appartient à celui ou celle qui l’a prise.

La découverte bouleverse bien plus que la fidélité sexuelle
La personne qui découvre l’infidélité cherche souvent d’abord à comprendre les faits.
Depuis quand ? Avec qui ? Combien de fois ? Où ? Qui était au courant ? Qu’est-ce qui a été dit ? Est-ce terminé ? Y en a-t-il eu d’autres ?
Puis les questions débordent rapidement sur ce qui s’est réellement passé avec l’autre personne.
Depuis quand me mens-tu ? Est-ce que nos souvenirs étaient vrais ? Est-ce que tu pensais à cette personne lorsque nous étions ensemble ? Comment ai-je pu ne rien voir ? Qu’est-ce qu’elle ou il avait que je n’ai pas ?
La blessure touche alors la confiance, mais également la manière dont la personne se représente sa propre histoire.
Il n’est pas rare de voir apparaître une forte agitation, des pensées répétitives, une difficulté à dormir ou à se concentrer, une envie presque irrépressible de vérifier certaines informations et des variations émotionnelles très importantes. Des travaux ont effectivement documenté des réactions de stress particulièrement intenses après la découverte d’une infidélité, parfois associées à davantage de symptômes dépressifs et anxieux. Cela ne signifie pas pour autant que toute infidélité constitue en elle-même un traumatisme psychiatrique ou qu’elle entraîne nécessairement un trouble de stress post-traumatique.
L’estime de soi peut également être profondément touchée.
La comparaison avec l’autre personne devient parfois obsédante, comme si comprendre ce qu’elle possède de plus beau, de plus désirable, de plus jeune, de plus libre ou de plus sexuel permettait enfin d’expliquer ce qui s’est passé.
Mais l’infidélité de l’autre ne constitue pas une mesure objective de notre valeur.
Lorsque la découverte vient réactiver fortement cette question, mon article consacré à la différence entre estime de soi et confiance en soi peut permettre de poursuivre cette réflexion.
Faut-il tout savoir ?
Après une infidélité, certaines personnes ressentent le besoin de connaître presque chaque détail tandis que d’autres savent immédiatement qu’elles ne souhaitent pas tout entendre.
Il n’existe probablement pas une quantité d’informations idéale qui conviendrait à tous les couples.
Certaines réponses sont importantes parce qu’elles permettent de retrouver une réalité commune. Savoir depuis quand la relation existe, si elle est terminée, s’il y a eu d’autres mensonges ou si certaines informations continuent à être cachées peut être nécessaire avant d’envisager une reconstruction.
En revanche, multiplier les détails très précis, notamment sexuels, ne permet pas toujours de mieux comprendre ce qui s’est passé. Ils peuvent parfois nourrir des images mentales qui deviennent ensuite difficiles à faire disparaître.
La question pourrait alors être moins de tout savoir que de comprendre ce que l’on cherche à obtenir par l’information demandée. Vérifier que la relation est réellement terminée, mesurer l’étendue des mensonges, comprendre comment cela a commencé ou chercher une réponse à une inquiétude concrète n’est pas la même chose que poursuivre indéfiniment un détail dans l’espoir qu’il finira par rendre la situation supportable.
Et cela demande aussi au partenaire infidèle d’accepter quelque chose qui peut être difficile, car celui qui découvre aujourd’hui ce qui s’est passé plusieurs mois auparavant ne commence pas son processus de compréhension au même moment que celui qui connaissait déjà toute l’histoire.
Vouloir que l’autre cesse rapidement de poser des questions parce que l’infidélité appartient désormais au passé crée souvent un décalage supplémentaire.
Pour l’un, l’événement est ancien. Pour l’autre, il vient d’avoir lieu.
Reconstruire la confiance ne consiste pas à demander d’oublier
Après une infidélité, on entend souvent qu’il faudra « refaire confiance ».
Mais la confiance ne revient pas parce qu’on décide qu’elle devrait revenir.
Elle se reconstruit beaucoup plus modestement, à travers une succession d’expériences suffisamment cohérentes.
Les paroles comptent, bien sûr, mais elles deviennent surtout crédibles lorsqu’elles correspondent durablement aux comportements. Cela suppose généralement que l’ambiguïté autour de la relation extérieure ait cessé, que certaines questions puissent recevoir des réponses et que celui ou celle qui a été trompé ne découvre pas progressivement de nouveaux éléments qui obligent chaque fois à reconstruire une nouvelle version de l’histoire.
Cette période peut conduire le couple à rechercher davantage de transparence. Elle peut avoir une fonction temporairement rassurante, mais la reconstruction ne peut probablement pas avoir pour horizon une surveillance permanente du téléphone, des déplacements ou des relations de l’autre.
À terme, la confiance nécessite de pouvoir vivre de nouveau sans contrôler continuellement.
Cela prend du temps.
Les travaux disponibles sur la thérapie de couple après une infidélité restent moins nombreux qu’on pourrait l’imaginer, mais ils montrent que certains couples arrivent avec une détresse relationnelle particulièrement importante et peuvent néanmoins connaître une amélioration significative au cours du suivi. Des études plus récentes observent également des évolutions de la satisfaction relationnelle, de la confiance, de l’engagement et de certains comportements conflictuels chez des couples suivis après une infidélité.
Cela ne signifie évidemment pas que la thérapie garantit la reconstruction du couple.
Elle montre surtout qu’une infidélité ne permet pas, à elle seule, de prédire ce que deviendra la relation.

Et la sexualité après une infidélité ?
La vie sexuelle du couple peut être profondément modifiée après la découverte.
Pour certaines personnes, le contact physique devient presque impossible pendant un temps. Le corps de l’autre rappelle la trahison, des images apparaissent pendant les rapports et le désir peut laisser place à la colère, au dégoût ou à une grande insécurité.
Chez d’autres couples, le phénomène inverse se produit et la sexualité devient soudain beaucoup plus intense.
Cela peut surprendre, voire culpabiliser le partenaire qui a été trompé. Ressentir du désir pour celui ou celle dont on vient de découvrir l’infidélité peut sembler contradictoire avec la colère ou la douleur éprouvée au même moment.
Pourtant, plusieurs mouvements peuvent parfaitement coexister.
Le désir sexuel ne constitue pas à lui seul une mesure du pardon, de la confiance ou de la solidité retrouvée du couple. Il peut être traversé par la peur de perdre l’autre, le besoin de retrouver une proximité, l’excitation, la colère, la comparaison avec l’autre personne ou simplement un désir qui, malgré la crise, n’a pas disparu.
Il est donc rarement utile de tirer trop rapidement des conclusions de ce qui se passe sexuellement dans les premières semaines.
Lorsque la sexualité devient elle-même difficile à aborder, vous pouvez également lire La communication sexuelle dans le couple : parler du désir, des limites et de ce qui change.
Pardonner n’oblige pas à rester
Le pardon occupe beaucoup de place dans les discours autour de l’infidélité, parfois comme s’il constituait l’aboutissement nécessaire d’un travail réussi.
Je serais beaucoup plus prudente avec cette idée.
On peut comprendre ce qui s’est passé sans pardonner immédiatement. On peut pardonner et décider néanmoins de partir. On peut rester sans avoir encore pardonné. Et certaines personnes n’utilisent simplement jamais ce mot pour décrire ce qu’elles ont traversé.
Le véritable enjeu est peut-être davantage de parvenir, avec le temps, à ce que l’événement ne gouverne plus l’ensemble de la relation ni de la vie psychique de celui ou celle qui l’a subi.
Cela n’oblige pas non plus à sauver le couple.
Parfois, le travail permet de reconstruire. Parfois, il conduit à reconnaître que l’infidélité a révélé ou accéléré une séparation qui était déjà en train de se produire. Dans d’autres situations encore, le couple aurait peut-être pu continuer mais l’un des partenaires ne le souhaite plus.
Aucune thérapie de couple ne devrait avoir pour objectif de maintenir deux personnes ensemble à tout prix.
Ce que l’infidélité vient réveiller dans nos histoires
Une infidélité appartient à l’histoire du couple, mais elle rencontre aussi nécessairement l’histoire de chacun.
Pour une personne qui a déjà vécu l’abandon, la trahison ou une grande insécurité dans ses relations, ce qui se produit aujourd’hui peut résonner particulièrement fort. Chez une autre, ce sera davantage l’humiliation, la comparaison ou le sentiment de ne pas avoir été suffisamment importante pour l’autre qui prendra toute la place.
Cela ne signifie pas que la douleur actuelle serait seulement la réactivation d’une blessure ancienne.
Le risque serait alors de psychologiser tellement la réaction du partenaire trompé que l’on oublierait qu’un événement réel vient effectivement d’avoir lieu.
Nos histoires influencent la manière dont nous vivons ce qui nous arrive, mais elles ne rendent pas l’événement imaginaire.
Si vous souhaitez approfondir cette question, mon article consacré aux liens d’attachement et à nos réactions relationnelles permet de mieux comprendre pourquoi certaines situations activent particulièrement la peur de perdre l’autre ou le besoin d’être rassuré.
La jalousie peut également prendre une place nouvelle après une infidélité, y compris chez quelqu’un qui ne se considérait jusque-là absolument pas jaloux. L’article Jalousie : comprendre ce qu’elle dit de nous et de nos relations revient plus précisément sur cette question.
Quand la thérapie de couple peut aider
Après une infidélité, les échanges tournent facilement en boucle.
L’un pose de nouvelles questions. L’autre pense y avoir déjà répondu. Une tentative d’explication est entendue comme une justification. Une colère entraîne une défense, qui renforce à son tour l’impression de ne pas être compris. Quelques heures plus tard, la même discussion recommence presque au même endroit.
La thérapie de couple peut permettre de ralentir suffisamment ces échanges pour distinguer plusieurs questions qui se mélangent facilement.
Il y a d’abord les faits et la rupture de confiance qu’ils ont provoquée. Puis vient la compréhension de ce qui a rendu cette infidélité possible. Et seulement ensuite peut se poser réellement la question de ce que chacun souhaite faire du couple.
Ces différentes étapes ne se déroulent pas toujours proprement les unes après les autres, et les partenaires avancent rarement au même rythme.
Le travail peut aussi être individuel. Certaines personnes ont besoin, avant de décider quoi que ce soit concernant leur relation, de retrouver suffisamment de stabilité pour comprendre ce qu’elles ressentent et ce qu’elles souhaitent réellement.
Si vous vous demandez si votre couple aurait besoin d’un accompagnement, vous pouvez réaliser gratuitement le test Ai-je besoin d’une thérapie de couple ?.
Je propose également des séances de thérapie de couple en visioconférence ou au cabinet de Giat.
Après l’infidélité
La question posée immédiatement après la découverte est souvent de savoir si le couple pourra redevenir comme avant.
Je ne suis pas certaine que ce soit toujours la bonne question.
Ce qui s’est passé appartient désormais à l’histoire de la relation et ne peut pas être effacé. En revanche, un couple peut parfois comprendre ce qui s’est produit, retrouver progressivement de la sécurité et construire une relation dans laquelle cet événement ne prend plus toute la place.
Pour d’autres, cette reconstruction ne sera pas possible ou ne sera plus souhaitée.
L’enjeu n’est donc peut-être pas de retrouver exactement le couple d’avant, mais de découvrir ce qui peut encore exister après ce qui vient de se passer, et si les deux partenaires ont encore envie de le construire ensemble.
Pour aller plus loin
Vous pouvez également lire mes articles consacrés à la jalousie, aux liens d’attachement, à la communication sexuelle dans le couple et aux questions de désir dans la relation.
Vous retrouverez également sur le site mes tests gratuits, mes autres articles autour du couple et de la sexualité, ainsi que les informations concernant les séances de psychothérapie individuelle, de thérapie de couple et de sexothérapie.
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