Fantasmes sexuels : comprendre leur rôle dans le désir

par | 3/04/24 | Sexualité

Il y a des fantasmes que l’on raconte facilement, d’autres que l’on garde précieusement pour soi. Et puis il y a ceux qui nous surprennent, nous amusent, nous excitent ou parfois nous dérangent parce qu’ils semblent ne pas correspondre à la personne que nous pensons être.

En séance, la question revient régulièrement sous différentes formes : Est-ce normal d’imaginer ça ?, Pourquoi est-ce que ce scénario m’excite alors que je ne voudrais jamais le vivre ?, ou encore Est-ce que je dois parler de mes fantasmes à mon partenaire ?

Ces questions disent beaucoup de la place particulière qu’occupe l’imaginaire dans notre sexualité.

Un fantasme n’est pas nécessairement un projet caché. Il appartient d’abord à un espace intérieur dans lequel le désir peut jouer avec les situations, les rôles, les sensations, les interdits ou simplement la nouveauté.

Et c’est précisément parce que cet espace est imaginaire qu’il peut être beaucoup plus libre que notre sexualité réelle.

Qu’est-ce qu’un fantasme sexuel ?

Un fantasme sexuel peut prendre la forme d’une image, d’une pensée, d’un souvenir transformé ou d’un scénario plus construit qui participe à l’excitation.

Il peut apparaître spontanément ou être volontairement convoqué. Il peut concerner son ou sa partenaire, une personne inconnue, une situation qui existe réellement ou quelque chose que l’on n’envisagerait absolument jamais de vivre.

Cette dernière distinction est essentielle.

Fantasmer quelque chose ne signifie pas nécessairement vouloir le réaliser.

Notre imaginaire sexuel n’obéit pas aux mêmes règles que nos choix dans la vie réelle. Certaines situations peuvent être excitantes précisément parce qu’elles restent imaginaires, parce que nous en contrôlons entièrement le scénario ou parce qu’elles permettent de jouer mentalement avec une transgression sans avoir à la vivre.

Il n’y a donc pas toujours besoin de chercher une signification cachée derrière chaque fantasme.

Parfois, un fantasme raconte quelque chose de notre désir, quand d’autres dois,  il raconte seulement ce qui nous excite à cet instant.

Les fantasmes comme espace d’exploration

L’imaginaire érotique permet d’explorer la sexualité sans nécessairement passer à l’acte.

On peut y essayer une autre place, une autre manière d’être regardé.e, désiré.e ou touché.e. On peut imaginer davantage de contrôle ou au contraire davantage de lâcher-prise, introduire de la nouveauté, jouer avec des rôles que l’on n’occupe jamais dans la vie quotidienne.

Ce qui devient intéressant n’est pas forcément le scénario lui-même, mais ce qui, à l’intérieur de ce scénario, produit de l’excitation.

Est-ce le sentiment d’être désiré.e ? Le fait de lâcher le contrôle ? La transgression ? La nouveauté ? Le regard de l’autre ? Le sentiment d’être totalement libre ?

Ces nuances permettent parfois de comprendre beaucoup mieux ce dont notre sexualité a besoin.

Si cette question vous intéresse, mon article Le lien intime entre besoin, plaisir et désir prolonge justement cette réflexion. Nos besoins, notre plaisir et notre désir sont liés, mais ils ne se confondent pas toujours.

Un fantasme peut-il aider à nourrir le désir ?

Oui, parce que le désir sexuel a besoin d’espace psychique.

Il ne naît pas uniquement du corps ou de la présence d’un partenaire, mais aussi d’anticipation, de souvenirs, d’associations, de curiosité et d’imaginaire.

Dans une relation installée depuis longtemps, cet espace peut parfois se réduire. Le quotidien devient très concret : travail, enfants, organisation, fatigue, tâches à accomplir. Le partenaire est aimé, connu, rassurant, mais il est parfois devenu tellement familier qu’il reste peu de place pour le regarder encore comme un objet de désir.

Le fantasme peut alors réintroduire une part d’ailleurs sans que cet ailleurs menace nécessairement la relation.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les problèmes de libido se résolvent en fantasmant davantage. Lorsque le désir s’est réellement éloigné, il est souvent nécessaire de comprendre ce qui l’a progressivement freiné.

Vous pouvez à ce sujet lire Comment relancer sa libido naturellement ou faire le test Ai-je un trouble de la libido ?

Faut-il raconter ses fantasmes à son partenaire ?

C’est une idée que l’on retrouve beaucoup dans les discours contemporains sur la sexualité, qu’un couple épanoui devrait pouvoir tout se dire.

Je ne suis pas certaine que ce soit toujours souhaitable. L’intimité ne suppose pas l’absence de jardin secret. Un fantasme peut parfaitement appartenir à celui ou celle qui le porte sans que cela constitue un mensonge ou une trahison.

En revanche, certains fantasmes donnent envie d’être partagés. Non nécessairement pour être réalisés, mais parce qu’en parler peut ouvrir une conversation érotique différente avec son partenaire.

C’est là que les choses deviennent intéressantes. On peut dire : « Cette idée m’excite », sans dire : « Je veux absolument que nous le fassions. »

Et l’autre peut écouter sans être obligé d’adhérer. Partager un fantasme n’est ni une demande ni un consentement anticipé à une pratique. Comme dans toute sexualité partagée, chacun conserve ses limites et son droit de ne pas avoir envie.

Lorsque cette conversation est possible, elle peut permettre au couple de mieux connaître l’univers érotique de chacun et parfois de découvrir ce qu’il y a derrière le scénario plutôt que de se focaliser sur sa réalisation exacte.

Si vous avez du mal à parler de vos envies ou à entendre celles de votre partenaire sans vous sentir menacé.e, mon article La Communication Sexuelle dans le Couple : Renforcer l’Intimité par le Dialogue Ouvert pourra vous aider à approfondir cette question.

Fantasme et passage à l’acte : deux choses différentes

Certains fantasmes gagnent à rester des fantasmes.

La réalité introduit des éléments que l’imaginaire peut parfaitement supprimer : les réactions de l’autre, les conséquences émotionnelles, le lendemain, la jalousie, la peur, les limites corporelles ou simplement le fait qu’une situation très excitante dans notre tête puisse finalement nous laisser assez indifférent.e une fois vécue.

Avant de vouloir transformer un scénario imaginaire en expérience réelle, une question me semble donc plus intéressante que « Est-ce que j’ose ? » :

Qu’est-ce que je cherche à vivre à travers ce fantasme ?

Parfois, il existe une manière beaucoup plus simple de retrouver cette sensation.

Un fantasme de domination peut par exemple parler de lâcher-prise davantage que de domination elle-même. Un scénario impliquant des inconnus peut être davantage lié au sentiment d’être intensément désiré.e qu’au souhait réel de multiplier les partenaires.

Il n’existe cependant pas de dictionnaire universel des fantasmes. Une même scène peut avoir une fonction complètement différente selon les personnes.

C’est aussi ce qui rend l’imaginaire sexuel tellement singulier.

     

Des fantasmes aux sextoys : explorer sans avoir à tout réaliser

Certains fantasmes donnent envie d’introduire davantage de jeu dans la sexualité sans nécessairement reproduire le scénario imaginé.

Cela peut passer par les mots, un changement de contexte, un jeu de rôle, une nouvelle manière de toucher l’autre ou encore l’utilisation d’un sextoy.

Là encore, l’idée n’est pas de rendre sa sexualité toujours plus inventive. La nouveauté n’a d’intérêt que lorsqu’elle répond à une véritable curiosité.

Si vous souhaitez explorer ce versant, vous pouvez poursuivre avec mon article Sextoys : comment les intégrer dans sa sexualité ?

Quand les fantasmes deviennent préoccupants

La plupart du temps, avoir des fantasmes, y compris certains que l’on trouve étranges ou éloignés de soi, ne constitue pas en soi un problème.

Ce qui mérite davantage d’attention, c’est la souffrance qu’ils peuvent provoquer ou la place qu’ils finissent par prendre.

Si certaines pensées sexuelles deviennent envahissantes, incontrôlables, source d’une forte culpabilité, ou si vous avez le sentiment de devoir constamment augmenter l’intensité des stimulations pour ressentir de l’excitation, il peut être intéressant d’essayer de comprendre ce qui se passe plutôt que de vous juger.

De la même façon, si votre sexualité imaginaire devient le seul endroit où le désir existe encore tandis que toute sexualité réelle est devenue difficile ou impossible, cela peut constituer une piste à explorer.

Il ne s’agit pas de supprimer l’imaginaire, mais de comprendre pourquoi la réalité sexuelle ne trouve plus sa place à côté de lui.

Laisser une place à son imaginaire

Je trouve finalement que les fantasmes nous rappellent quelque chose d’assez simple, que notre sexualité ne se réduit pas à ce que nous faisons.

Elle existe aussi dans ce que nous imaginons, dans ce qui nous traverse, dans ce qui nous intrigue et parfois même dans ce que nous ne comprendrons jamais complètement de nous-mêmes.

Il n’est pas nécessaire de réaliser tous ses fantasmes pour avoir une sexualité libre. Il n’est pas non plus nécessaire de les raconter tous.

L’enjeu est peut-être davantage de pouvoir les accueillir sans honte, tout en restant capable de distinguer l’imaginaire du désir d’agir et le désir du consentement.

Et parfois, simplement se demander ce qui nous érotise permet déjà de retrouver une partie de soi que le quotidien avait un peu laissée de côté.

Si votre rapport au désir, à vos fantasmes ou à votre sexualité est devenu source de questionnements ou de souffrance, je propose des séances de psychothérapie et de sexothérapie en visioconférence ou au cabinet de Giat.

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