Notre rapport au temps : quand tout va trop vite

Il y a des périodes où les journées semblent ne jamais contenir assez d’heures. On passe d’une obligation à l’autre, on pense déjà à ce qu’il faudra faire ensuite et, lorsque quelques minutes se libèrent enfin, elles sont parfois aussitôt remplies par le téléphone, les courses, les mails ou une tâche que l’on avait laissée de côté.

La question du temps est souvent abordée sous l’angle de l’organisation : mieux planifier, hiérarchiser, optimiser, gagner quelques minutes ici ou là. Ces outils peuvent évidemment être utiles, mais ils ne répondent pas toujours à ce qui se joue réellement.

Car nous pouvons avoir un agenda parfaitement organisé et continuer à avoir l’impression de courir.

Le rapport au temps touche aussi à nos priorités, à ce que nous nous autorisons à laisser de côté, à notre difficulté à ne rien faire, à la peur de perdre du temps et parfois à cette sensation plus profonde de voir les années passer sans être tout à fait certain de consacrer suffisamment de place à ce qui compte réellement.

Quand tout devient urgent

Certaines périodes de vie imposent objectivement beaucoup de contraintes. Entre le travail, les enfants, les parents vieillissants, les démarches, la maison, les problèmes de santé …,  il existe des journées chargées qui ne peuvent pas être transformées par une meilleure application de gestion du temps.

Mais l’urgence peut aussi devenir une manière habituelle de fonctionner, comme terminer une tâche en pensant déjà à la suivante, ou éprouver une légère culpabilité lorsque l’on s’arrête. Une journée sans être productif semble presque avoir été gaspillée. Même les loisirs peuvent finir par trouver leur place dans un programme qu’il faudrait encore réussir à tenir.

À force, ce n’est plus seulement le temps qui manque, c’est la sensation de disposer réellement de son temps qui disparaît.

Cette tension permanente peut évidemment accompagner une période de stress ponctuelle. Mais lorsqu’elle se prolonge, que la fatigue s’installe, que le sommeil se dégrade et que chaque nouvelle demande donne le sentiment d’être celle de trop, il est utile de regarder si l’on se situe encore dans une période chargée ou si l’épuisement commence à prendre une autre dimension.

Vous pouvez faire le test : Suis-je à risque de burnout ?

Le problème n’est pas toujours de mieux s’organiser

Il existe une petite violence dans certains conseils autour de la gestion du temps, car ils peuvent donner l’impression que si quelqu’un se sent débordé, c’est qu’il n’a pas encore trouvé la bonne méthode.

Parfois, l’agenda est simplement trop rempli, et aucune technique ne permet de faire entrer durablement quinze heures d’obligations dans une journée de dix heures disponibles.

Il devient alors nécessaire de se poser d’autres questions : qu’est-ce qui peut réellement être supprimé ? Qu’est-ce qui pourrait être moins bien fait sans conséquence grave ? Qu’est-ce qui a été accepté alors qu’il n’y avait déjà plus de place ? Et surtout, qu’est-ce qui continue à être assumé uniquement parce qu’il paraît difficile de décevoir, de déléguer ou de dire non ?

La question du temps rejoint très vite celle des limites, et elle peut également rejoindre celle de l’estime de soi lorsque la valeur que l’on s’accorde dépend beaucoup de ce que l’on accomplit, de ce que l’on apporte aux autres ou de la capacité à tout gérer.

Si cette dernière question vous est familière, vous pouvez faire le test Quel est mon niveau d’estime de soi ?

Pourquoi avons-nous parfois tant de mal à ralentir ?

Le repos n’est pas toujours reposant.

Pour certaines personnes, une journée sans programme est une perspective agréable. Pour d’autres, le vide provoque rapidement de l’agitation. On cherche quelque chose à faire, on consulte son téléphone, on range, on travaille un peu, on pense à ce qui devrait être fait.

Ralentir laisse aussi davantage de place à ce qui était jusque-là maintenu à distance par l’activité.

Une inquiétude peut devenir plus perceptible lorsque le silence revient. Une tristesse que l’on n’avait pas vraiment eu le temps de ressentir peut apparaître. Certaines questions que l’on évitait en étant constamment occupé reviennent également.

Il est donc parfois beaucoup plus simple de rester dans le mouvement.

Cela ne signifie pas qu’une personne active chercherait nécessairement à fuir quelque chose. Mais lorsque l’impossibilité de s’arrêter devient presque systématique, il peut être intéressant de se demander ce qui se passe précisément lorsque plus rien ne réclame notre attention.

Cette difficulté peut également être renforcée par l’anxiété : l’esprit utilise alors chaque moment disponible pour anticiper, vérifier, prévoir ou résoudre des problèmes qui ne se posent pas encore.

Si les pensées, l’anticipation ou les ruminations occupent une place importante, vous pouvez faire le test : Suis-je sujet à l’anxiété ?

Vous pouvez également lire Anxiété : comprendre ses mécanismes et retrouver de l’apaisement.

Le temps que nous consacrons à ce qui compte vraiment

Nous sommes rarement complètement libres de l’organisation de nos journées. Il faut travailler, répondre à certaines obligations et prendre soin de personnes ou de choses dont nous sommes responsables.

Mais il existe parfois un écart considérable entre ce que nous disons important et la place que nous lui accordons réellement.

La famille compte énormément, mais les semaines passent sans véritable moment ensemble. Une activité nous faisait beaucoup de bien et n’a plus trouvé sa place depuis des années. Nous rêvons d’un projet mais attendons qu’une période plus calme arrive pour nous y consacrer.

Le problème est que cette période plus calme n’arrive pas toujours.

Réfléchir à son rapport au temps ne consiste donc pas seulement à demander comment mieux utiliser chaque heure. Cela peut conduire à une question plus dérangeante : à quoi est-ce que je donne aujourd’hui la plus grande partie de mon temps, et est-ce réellement ce à quoi je souhaite donner une si grande partie de ma vie ?

Il ne s’agit pas de transformer chaque choix quotidien en grande interrogation existentielle. Mais certains décalages méritent d’être regardés, surtout lorsqu’ils durent.

Cette question rejoint directement celle des besoins existentiels et de ce qui permet de sentir qu’une vie nous ressemble encore. Vous pouvez poursuivre avec Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies.

Il existe aussi un temps psychique

Notre rapport au temps ne correspond pas toujours à celui de l’horloge.

Une heure d’attente peut paraître interminable. Une soirée agréable disparaître en quelques minutes. Certaines années semblent avoir filé alors que quelques secondes d’un événement important restent très précisément inscrites dans la mémoire.

Il existe aussi des expériences auxquelles on ne peut pas demander d’aller plus vite simplement parce que nous aimerions qu’elles soient terminées.

Un deuil ne se règle pas selon un calendrier. Une séparation peut demander beaucoup plus de temps à intégrer que ce que l’entourage imaginait. Une confiance abîmée ne se reconstruit pas en décidant qu’il serait raisonnable de passer à autre chose.

Dans le travail thérapeutique aussi, certaines compréhensions arrivent assez rapidement et d’autres nécessitent beaucoup plus de temps. On peut savoir intellectuellement depuis des mois pourquoi on réagit d’une certaine manière et constater que quelque chose continue malgré tout à se répéter.

Le temps psychique possède ses propres rythmes, et c’est aussi pourquoi comparer son évolution à celle des autres aide rarement beaucoup.

Lorsque vous traversez actuellement une perte qui continue à occuper une place importante, vous pouvez lire Les étapes du deuil : quand la thérapie peut aider ou faire le test Suis-je dans un deuil difficile ?

Les périodes de vie ne nous demandent pas toutes la même chose

Il existe des moments où l’on construit, d’autres où l’on maintient ce qui existe déjà, des périodes où il faut prendre des décisions et d’autres où quelque chose demande surtout à mûrir.

Notre époque valorise beaucoup la progression visible. Il faudrait avoir des projets, continuer à se développer, profiter de son temps, ne pas le perdre.

Pourtant, certaines périodes paraissent beaucoup moins productives vues de l’extérieur et sont néanmoins importantes.

Après un épuisement, ralentir peut prendre du temps. Après une séparation, il n’est pas forcément nécessaire de remplir immédiatement le vide laissé. Un changement professionnel peut nécessiter plusieurs mois de réflexion plutôt qu’une décision rapide simplement destinée à calmer l’incertitude.

Il existe aussi des moments où l’on ne sait pas encore et ce n’est pas toujours du temps perdu.

Cette question des rythmes personnels rejoint ce qui m’intéresse également dans les saisons symboliques, non pas l’idée qu’il faudrait vivre selon un calendrier particulier, mais le constat que nous connaissons nous aussi des périodes d’élan, de récolte, de retrait ou de transition.

Le téléphone remplit une partie des espaces qui existaient autrefois

Notre rapport contemporain au temps est également modifié par la facilité avec laquelle les quelques moments vides de la journée peuvent être occupés.

Une attente de trois minutes suffit pour sortir le téléphone, et faire disparaitre rapidement les interstices.

Ce temps n’était pas nécessairement passionnant auparavant, et certes, on s’ennuyait parfois. Mais l’ennui permettait aussi à l’esprit de vagabonder, de revenir sur quelque chose, d’imaginer ou simplement de ne pas être immédiatement sollicité.

Il ne s’agit évidemment pas de considérer le smartphone comme responsable de notre mauvaise relation au temps. Il est extrêmement pratique et nous permet aussi d’en gagner beaucoup.

Mais lorsque chaque temps mort est automatiquement rempli, il devient intéressant d’observer à quel point nous supportons encore de ne rien avoir à faire pendant quelques minutes.

Pour approfondir cette question, vous pouvez lire Écrans, réseaux sociaux et smartphones : comprendre leur impact sur notre vie.

Ralentir ne signifie pas vivre lentement

Tout le monde n’aspire pas à une existence paisible, minimaliste et débarrassée de toute agitation.

Certaines personnes aiment avoir de nombreux projets, travailler beaucoup, voir du monde et vivre à un rythme soutenu, et cela peut leur convenir parfaitement.

Le problème n’est donc pas la vitesse en elle-même. Il apparaît davantage lorsque l’on ne peut plus ralentir, même lorsqu’on en aurait besoin, ou lorsque la fatigue devient permanente, que les moments agréables sont eux aussi vécus dans la précipitation ou qu’une journée libre provoque davantage d’inquiétude que de soulagement.

Pouvoir accélérer et ralentir selon les circonstances est probablement plus important que de chercher à vivre systématiquement à un rythme particulier.

Quand le temps devient une question thérapeutique

En thérapie, la question du temps apparaît sous des formes très différentes.

Certains arrivent épuisés parce qu’ils ne parviennent plus à faire tenir toutes leurs obligations dans leurs journées. D’autres constatent qu’ils consacrent énormément de temps aux besoins de leur entourage et très peu aux leurs. Certains ont l’impression d’avoir perdu des années dans une relation ou une situation professionnelle et vivent difficilement ce constat.

Il arrive aussi que le temps fasse surgir des questions beaucoup plus existentielles, comme l’âge, les choix que l’on n’a pas faits, ce qui ne sera peut-être plus possible, le sentiment d’avoir repoussé certaines choses trop longtemps.

Le travail ne consiste pas à apprendre à rentabiliser davantage les journées. Il peut en revanche aider à comprendre pourquoi certaines priorités sont devenues intouchables, pourquoi le repos provoque de la culpabilité, pourquoi il semble impossible de renoncer à certaines obligations ou pourquoi ce sentiment de manquer continuellement de temps persiste même lorsque l’agenda s’allège.

Si vous vous demandez plus largement si un travail thérapeutique pourrait vous être utile, vous pouvez faire le test : Ai-je besoin d’une thérapie ?

Vous pouvez également découvrir ma manière de travailler en psychothérapie individuelle, en visio ou au cabinet de Giat.

Avoir du temps ne signifie pas nécessairement savoir quoi en faire

Nous cherchons souvent à gagner du temps comme s’il était certain que nous saurions ensuite comment l’utiliser, mais lorsqu’une période très chargée se termine, il arrive qu’un vide apparaisse.

C’est parfois visible au moment de la retraite, lorsque les enfants quittent la maison, après la fin d’un projet professionnel très prenant ou même au début des vacances. Une personne qui réclamait depuis des mois davantage de temps libre peut soudain ne plus savoir exactement ce qu’elle souhaite en faire.

Cela montre bien que la question dépasse l’organisation, et que disposer de temps et savoir ce que l’on désire faire de sa vie ne sont pas exactement la même chose.

Et il n’est pas toujours nécessaire de disposer immédiatement d’une réponse.

Peut-être moins maîtriser le temps que choisir ce qui mérite le nôtre

Nous ne pouvons pas arrêter le temps, en stocker pour plus tard ni récupérer celui qui est passé. Et une grande partie de nos journées restera forcément occupée par des choses que nous n’avons pas choisies.

Mais il existe encore une marge entre subir complètement ce rythme et vouloir contrôler chacune de nos heures.

Elle se trouve peut-être dans les choix plus modestes, par exemple ce que l’on accepte encore de faire, ce que l’on décide de laisser tomber, la place que l’on donne à certaines personnes, la possibilité de ne pas remplir immédiatement chaque espace disponible.

Et de temps en temps, dans le fait de vérifier que ce qui occupe nos journées ressemble encore suffisamment à ce que nous voulons faire de notre temps.

Pour aller plus loin

Si cette impression de courir en permanence s’accompagne d’une fatigue importante, vous pouvez faire le test Suis-je à risque de burnout ?. Si ce sont davantage les ruminations et l’anticipation qui occupent votre esprit, le test Suis-je sujet à l’anxiété ? peut apporter un autre éclairage.

Vous pouvez également poursuivre avec :

Besoins existentiels : ce qui donne du sens à nos vies
Écrans, réseaux sociaux et smartphones : comprendre leur impact sur notre vie
Comprendre ses émotions : apprendre à les reconnaître sans les subir
Les étapes du deuil : quand la thérapie peut aider

Et si votre rapport au temps est devenu surtout celui de l’urgence, de l’épuisement ou du sentiment de passer à côté de quelque chose d’important, vous pouvez prendre rendez-vous pour une séance de psychothérapie en visio ou au cabinet de Giat.

Je partage également sur Instagram @celinaretman mes réflexions autour de la psychothérapie, des relations, des saisons intérieures et de ces moments où notre rythme de vie mérite parfois d’être interrogé.

Vous pouvez enfin vous inscrire à la newsletter pour recevoir ponctuellement mes nouveaux articles et ressources.

S'inscrire à la newsletter